Australie

Par Niko06
Samedi 28 novembre 2009 6 28 11 2009 14:30

Un film de John Hillcoat



Le synopsis d'allociné :
Dans l'arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif...
Le Capitaine Stanley s'est juré de "civiliser" le pays sauvage australien. Ses hommes ont capturé deux des quatre frères du gang Burns : Charlie et Mike. Les bandits ont été jugés
responsables de l'attaque de la ferme Hopkins et de l'assassinat de toute une famille.
Arthur, le plus âgé des frères Burns et chef du gang, s'est réfugié dans la montagne. Le Capitaine Stanley propose alors un marché à Charlie : retrouver son frère aîné en échange
de son pardon, et de la vie sauve pour le jeune Mike. Charlie n'a que neuf jours pour s'exécuter...


John Hillcoat est un réalisateur relativement rare... entre son premier long métrage en 1988, Ghosts of the Civil Dead, plongée hallucinante dans un univers carcéral et the Proposition, il n'a réalisé qu'un thriller difficilement visible, To Have and to Hold. Et d'ailleurs the Proposition n'avait jusque là même pas trouvé le chemin des salles françaises, 4 ans d'attente pour un grand film... ce n'est même plus étonnant. Et s'il a la chance de sortir c'est grâce au nouveau film de son réalisateur, l'adaptation du petit chef d'oeuvre littéraire The Road, de Cormac McCarthy...
Logiquement the Proposition ne devrait pas entrer dans la catégorie western, terme réservé uniquement aux films se situant dans l'ouest américain, car l'action se passe dans le bush australien du XIXème siècle. Sauf que si ça ne colle pas géographiquement force est de constater que sur la forme on est bien devant un western, et sur le fond on est même devant un des plus grands. Car l'impression finale est bien que si le film était sorti dans les années 60/70 (ou même 90 avec les derniers chefs d'oeuvre du genre) il serait aujourd'hui avec le recul considéré comme un classique de ce sous-genre magnifique et passionnant, le western crépusculaire. Et pour un "petit" film australien, il ne souffre même pas de la comparaison avec les meilleurs Corbucci, Leone, Eastwood, Peckinpah... c'est dire le niveau du truc! A la manière de ces grands maîtres Hillcoat signe un portrait glaçant du crépuscule des hommes.
Et qui d'autre que ce génie des mots (et de la musique) qu'est Nick Cave pouvait signer le scénario... quand on voit le résultat une évidence saute aux yeux, le néo-western a besoin d'auteurs issus du mouvement punk tant les deux courants ont de choses en commun! L'idée de no future est le fondement même du western crépusculaire... Mais the Proposition n'est pas "juste" un grand western (même si on pourrait s'en contenter étant donné que le genre est mort), c'est un film qui vient utiliser les codes du genre pour raconter plus qu'une histoire de fratricide, mais qui dresse le portrait d'une époque qui s'éteint, et dont les actes barbares, ou plutôt "sauvages" sont voilés par d'autres tout aussi immoraux mais plus moderne, donc acceptables par la population... c'est la fin des outlaws mais est-ce mieux?
Le propos nous rappelle bien sur le chef d'oeuvre de Sergio Leone, Il était une fois dans l'Ouest, mais en plus cruel car il y ajoute l'élément non négligeable de l'envahisseur anglais, de la même façon que Malick (on retrouve également l'idée de la nature comme refuge pour les âmes torturées) dans le Nouveau Monde. A savoir le grain de sable venu pour "civiliser" une région sans prendre en compte que les locaux n'en ont rien à faire de leur civilisation... Ce n'est donc pas un monde qui se change tout seul, par simple évolution, mais qui est révolutionné par un colonisateur n'éprouvant que mépris envers les coutumes culturelles... et le film tout entier sera construit sur cette idée: faire imploser cet univers en pervertissant un sauvage pour qu'il élimine de son propre chef l'aspect le plus détestable de sa race, en empruntant un chemin par vraiment plus glorieux.
Ce sauvage en question c'est Guy Pearce, magistral, et son parcours c'est sa recherche de lui-même car il a choisi de quitter les criminels, sa famille, sans pouvoir s'intégrer dans la société en pleine mutation. Son cheminement vers le fratricide ne se suit pas sans évoquer un certain Apocalypse Now (tuer un mythe, père ou frère symbolique peu importe, pour se trouver). Mais à côté de ça il y a aussi les aborigènes, asservis tels qu'on les voit dans le générique et qui hantent tout le film... ou quand le modernisme rejoint la barbarie. Bref on est quand même à des années lumières du beau film creux que certains semblent avoir vu... merci au scénario absolument fabuleux, qui transforme les sauvages bêtes et méchants habituels en personnages passionnants car ne tombant jamais dans ce cliché. Les frères Burns sont artistes, philosophes... tout en étant au fond de véritables animaux, joli!
Le casting est fabuleux, à tel point qu'aucun des acteurs, du rôle principal au plus petit second rôle, ne s'élève au dessus des autres, c'est prodigieux, quel concentré de talents!! Le film suit un rythme lancinant, lyrique et à la lisière du mysticisme. Dans un scope magnifique, le bush australien frôle avec le fantastique, les paysages infinis en deviennent carrément enivrants... quelle beauté!
Mise en scène d'une classe folle à tel point qu'on sentirait presque la puanteur de cette crasse, photo belle à en pleurer, un scénario d'une profondeur abyssale qui ouvre des dizaines de voies de réflexion, des dialogues divins, une violence qui éclate froidement sans qu'on la sente arriver, des thèmes universels et forts... son seul défaut? 1h30 c'est trop court! Oui the Proposition est bien un film majeur, ce qui rend encore plus incompréhensible sa distribution si tardive (alors que l'Assassinat de Jesse James qui n'aurait jamais existé sans lui a profité d'une belle sortie... Ah mais oui il y avait Brad Pitt!). Sans trop prendre de risque en avançant cela, on a bien là le meilleur western depuis Impitoyable, rien que ça.




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Par Niko06
Vendredi 6 novembre 2009 5 06 11 2009 08:30

Un film d'Adam Elliot



De temps en temps on tombe sur un film comme ça où tout semble réuni pour ne pas nous plaire, et qui se révèle être un véritable coup de coeur comme on n'en a pas si souvent... C'est le cas de Mary et Max. Un film d'animation en pâte à modeler, en stopmotion, un procédé auquel je suis rarement sensible (même Wallace et Gromit je ne suis pas fan). Un scénario basé simplement sur des correspondances entre un quadragénaire juif américain légèrement névrosé, atteint du syndrome d'Asperger (une forme d'autisme) et une jeune australienne de 8 ans, pas très jolie, un peu rondelette, et qui est incapable de s'intégrer socialement... Et en plus en noir et blanc! Typiquement le genre de film qui présente au mieux de quoi me laisser de marbre, au pire de quoi m'endormir. Mais non, comme par magie le film d'Adam Elliot se révèle être la plus grande surprise de l'année, un film drôle et dépressif à la fois, moche mais tellement beau... et surtout très intelligent et émouvant.
En quelques secondes Elliot donne le ton, noir et décapant. Et ses deux personnages ne sont pas non seulement des anti-héros, ce sont des loosers en puissance. Pour les présenter le réalisateur applique la recette approuvée par un certain Jean-Pierre Jeunet, à savoir se focaliser sur de tous petits détails sans importance à première vue, des petites manies, ces petites choses qui valent mieux que de grands discours pour décrire quelqu'un, car la singularité de l'être naît du détail insignifiant et non de l'ensemble. Sauf qu'il nous présente des personnages qui n'ont rien pour eux, qui n'ont aucune vie sociale, qui sont seuls et sont bien partis pour le rester jusqu'au bout... autant dire qu'ils n'ont rien d'attachant sauf que le malheur est très drôle à en pleurer. Du coup, non seulement on s'attache à eux mais on les aime ces deux-là!
Par un heureux hasard ces deux vont entrer en contact et échanger des courriers de façon plus ou moins régulière, pendant une vingtaine d'années... un récit épistolaire largement dominé par le troisième personnage principal, un narrateur omniprésent mais nécessaire. Et comme Mary et Max n'ont aucune véritable existence sociale, ces correspondances prennent des allures de salut. Ils parlent d'eux-mêmes car c'est ce qu'ils maîtrisent le mieux, mais échangent aussi leurs regards sur le monde qui les entoure. Un univers tellement complexe et inaccessible pour eux, où les préoccupations principales semblent si futiles qu'ils le voient avec un cynisme de tous les instants. Et de leurs échanges va naître une vraie amitié, la seule dans leur pitoyable existence...
En fait c'est tellement bien écrit qu'on oublie rapidement qu'on est devant un film d'animation... et si c'était un film live cela n'aurait pas eu le même impact. Car la fantaisie vient souvent prendre une place importante et les images surréalistes animées ne font donc pas tâche. Ainsi on y croise des hot dogs au chocolat, des bébés qui naissent dans des canettes de coca, des mots inventés de toute pièce, un ami invisible du nom d'Alfonso Ravioli... Ces personnages si singuliers loin de toute forme de normalité nous offrent leur vision à travers un filtre déformant de notre réalité et à travers leurs lettres à priori plus drôles qu'autre chose se cachent de véritables réflexions universelles sur la vie en général. Mais le fait de les aborder sous l'angle de l'humour souvent noir permet d'éviter le propos moralisateur.
Dans Mary et Max on parle d'alcoolisme, de dépression, de vie ratée, de suicide, de boulimie, d'une société désincarnée, de la peur de l'autre, de la solitude, de la pollution, de sexualité, de maladie, de médecine... les sujets abordés sont tellement vastes qu'ils sont impossibles à énumérer. Et leur vision des choses qui peut paraître au premier abord naïve et pessimiste (elle l'est quand même) se révèle terriblement lucide...
L'utilisation de la voix off dans quasiment tout le film permet une narration sous forme de vignettes plutôt bien sentie, du coup c'est très rythmé sauf dans le dernier acte dans lequel le concept des lettres est abandonné pour tomber dans un mode de narration plus classique et moins efficace.
Visuellement c'est assez paradoxal car ces personnages en pâte à modeler sont objectivement très moches mais l'ensemble est d'une beauté incroyable... Techniquement c'est irréprochable, l'animation est superbe tout comme la photographie qui alterne le noir et blanc américain avec des tons apocalyptiques pour l'Australie. Ce qui frappe également c'est la véritable recherche de mise en scène avec de très belles idées de vrai cinéma comme on en voit peu dans ce genre d'animation (au cinéma).
A noter également que les acteurs qui prêtent leur voix pour le film, à savoir Toni Collette, Philip Seymour Hoffman, Eric Bana et Barry Humphries, y sont pour beaucoup dans la réussite, en réussissant à véhiculer pas mal d'émotion.
Mary et Max est un film étrange, une sorte de parcours initiatique, un modèle de poésie dépressive rempli de moments de pure comédie à mourir de rire. Mais si on rigole beaucoup on en ressort quelque peu chamboulé et ému, car cette histoire si tragique fait sans doute partie des plus belles histoires d'amitié posées sur pellicule doublée d'une belle leçon de vie...




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