Danemark

Par Niko06
Dimanche 7 juin 2009 7 07 06 2009 21:40

Un film de Lars Von Trier



Le réalisateur danois a le don de créer la surprise à presque chaque film. Dogville est la dernière en date, abolissant la notion de décor pour un résultat déconcertant. Après sa trilogie sur l'Europe (Element of Crime, Epidemic et Europa), sa trilogie du coeur (Breaking the Waves, les idiots, Dancer in the Dark) et sa trilogie américaine avortée par manque d'inspiration (Dogville est génial, Manderlay tournait en rond...) et un aparté... étrange et expérimental (le Direktør, tourné avec une caméra qui limite l'influence humaine sur le tournage), le voilà qui revient avec cet Antichrist, un film... enfin, une expérience plutôt, qu'il a écrit en pleine dépression et qui cristallise tous ses cauchemars et obsessions, une oeuvre d'une puissance presque jamais vue, qui sonne autant comme une thérapie audacieuse que comme un film somme dans lequel on retrouve l'ensemble des thèmes brassés dans la carrière du réalisateur et qui, à y regarder de plus près, ressemblerait presque à une oeuvre testamentaire...
Antichrist ne se regarde pas, ne se vit pas non plus, il se subit douloureusement. On a beau se retrouver dans telle ou telle situation, Lars Von Trier nous rappelle continuellement que l'horreur à l'écran vient de son cerveau et non du notre. Accentuant la distance par rapport à l'oeuvre au moyen de panneaux à la fois enfantins et morbides pour introduire chaque chapitre, et pourtant on se retrouve happé par ce cauchemar au point qu'à la fin on a l'impression qu'il a duré cinq minutes... et en ignorant les ricanements nerveux d'imbéciles qui s'étaient sans doute trompés de salle (car non il n'y a rien de drôle dans ce film) l'expérience est totale, intense, viscérale... du genre qu'on n'a jamais vécu auparavant devant un écran, et qu'on ne vivra sans doute plus jamais.
Au contraire de Gaspar Noé sur Irréversible (dernier scandale cannois avant cette année) qui était monté comme une pyramide, nous enfonçait de plus en plus dans le chaos jusqu'à sa moitié pour ensuite nous faire revenir au calme, Lars Von Trier ne nous fait vivre que l'ascension vers ce chaos et la destruction et nous laisse dans un état de désespoir total en fin de projection. Antichrist débute sur un prologue qui vient nous décrire le drame à la source de tout ce qui va suivre. Dans un noir et blanc somptueux, un couple fait l'amour pendant que leur enfant va mourir... Des ralentis tellement beaux que même Snyder sur les plus belles scènes de 300 fait de la peine à côté, l'onirisme apporté par la musique extraite de l'opéra Rinaldo d'Haendel nous transporte déjà alors que l'oeil distrait ne verra pas la présence des "3 mendiants" qui auront leur importance plus tard... Ce prologue est le plus beau moment de pur cinéma de Lars Von Trier depuis Europa en 1991, dernière expérimentation formelle avant la simplicité du dogme.
Ce qui suivra n'est finalement qu'une vision noire et pessimiste du travail de deuil d'une mère et les conséquences sur un couple dont l'amour n'est pas suffisant pour combattre la douleur. Les 3 chapitres "deuil", "douleur" et "désespoir" représente chacun une étape de la reconstruction/destruction du couple ainsi qu'un animal/mendiant (biche, renard, corbeau). Il y a quelque chose de cynique dans le propos du film car on y trouve une critique acerbe de la psychanalyse moderne (à laquelle Von Trier a du se confronter pour sa dépression) qui ne se base plus sur l'interprétation des rêves. Nietzche est mort comme y fait allusion Charlotte Gainsbourg, et pourtant le titre du film est bien une référence à l'antéchrist de... Nietzsche, et Lars Von Trier pour qui le film est une thérapie y colle tous ses rêves!! Il serait également réducteur de n'y voir qu'un film au propos misogyne (c'est pourtant indiscutable), il ne faut jamais oublier que c'est l'impression des cauchemars d'un homme sur pellicule...
A la manière d'autres grands artistes à l'esprit perturbé, on pense à Jérôme Bosch ou Edvard Munch qui sont explicitement cités, l'un pour ses visions infernales, l'autre pour le cri, une peinture de l'angoisse terrible... Les oeuvres les plus passionnantes des artistes en général, qu'il soient peintres, réalisateurs ou musiciens, sont toujours issues de leurs périodes les plus noires... c'est le cas ici pour un film qui reprend souvent les codes esthétiques du film d'horreur tout en les pervertissant et en les contaminant de scènes oniriques où le temps semble s'arrêter.
Les 3 parties nous entraînent dans une folie qui se fait de plus en plus présente chez les deux personnages (seuls acteurs du film) et qui se traduit à l'écran par une distorsion du son et de l'image... De plus en plus de question se posent et rendent le propos terriblement riche mais confus: peut-on se relever de la mort de son enfant? Peut on soigner celle qu'on aime? Y'a t'il une échappatoire au chaos régnant dans la nature?... et des thèmes il y en a des centaines, du pouvoir des livres à la culpabilité, du mythe des sorcières à la fertilité, l'ésotérisme...
Le dernier acte est sans conteste le plus douteux au niveau moral. La violence devient physique, le rapport entre sexe et culpabilité aussi, les images sont crues, horribles et ne s'oublieront pas mais rien n'est gratuit, tout a un sens pour qui souhaite le chercher. C'est aussi dans ce dernier acte que le titre prend sa signification pour quiconque n'aurait pas remarqué le symbole sur l'affiche... reprenant des idées qu'on pensait aujourd'hui disparues il est clair que pris au premier degré (mais y'a t'il vraiment un second degré dans ce propos là?) l'image de la femme n'en sort pas grandie... et l'épilogue aux relents christique enfonce le clou! Mais qu'on adhère ou pas à cette idée bien précise il faut saluer la volonté du réalisateur d'aller jusqu'au bout de son travail de psychanalyse.
Le film est un choc, un vrai, dont on ne se remet pas vraiment car on voit toujours certaines images et on continue à se poser des questions pour essayer d'y déceler autre chose. C'est une oeuvre importante, immense, d'un réalisateur qui a abolli toute limite et se livre complètement au spectateur avec qui il partage ses cauchemars.
Cette vision de l'enfer sur terre déstabilise vraiment, c'est une plongée dans la folie qui nous fait perdre tous nos repères (on n'est pas surpris de voir un animal parler, on ne sait plus si ce qu'on voit est "réel" ou issu de l'imagination des personnages...), et les acteurs, que ce soit Willem Dafoe magnifique de sobriété ou Charlotte Gainsbourg hallucinée, transportée, criante de sincérité, sont tous simplement prodigieux.

On en ressort triste, vidé de toute énergie, révolté, perdu, écoeuré et ébahi par ce qui restera peut-être comme la plus belle histoire d'amour jamais filmée...


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Par Niko06
Lundi 25 mai 2009 1 25 05 2009 21:50

Un film de Lars Von Trier



Le dernier film du réalisateur, AntiChrist, sort en salles dans quelques semaines après avoir défrayé la chronique avec à la clé un prix d'interprétation à Cannes pour Charlotte Gainsbourg, c'est une bonne occasion pour se plonger dans l'oeuvre de ce danois complètement fou, qui aura lancé un mouvement d'hyper réalisme au cinéma (le dogme... génie ou arnaque?), et qui à chaque film est attendu comme un messie... Element of crime est son tout premier long métrage, après toute une flopée de courts et un film de fin d'études (Befrielsesbilleder, qui aura même droit à une projection à la Berlinale de 1984!).
Comme beaucoup de premiers films de grands réalisateurs, Element of Crime fait plus que flirter avec le cinéma expérimental, privilégiant souvent la forme au fond qu'il faudra déchiffrer tant chaque image peut être analysée pendant des heures... un film très difficile d'accès dans lequel se marient une enquête policière façon film noir, une hypnose et des images surréalistes. L'expérience est belle mais on peut facilement y être hermétique... d'autant plus que son film se rapproche des travaux d'un autre artiste aussi passionnant que difficile à saisir, Andrei Tarkovski...
Il faut savoir que le film est le premier d'une trilogie thématique consacrée à l'Europe, ou plus précisément à "la dégénérescence et la putréfaction d'un vieux continent", ce n'est donc pas vraiment un spectacle réjouissant auquel il nous invite... enfin inviter est un bien grand mot tant Von Trier semble oublier complètement le pauvre spectateur qui essaiera pendant 1h40 de trouver un sens à tout ce qui se passe devant ses yeux, en vain bien entendu, c'est là tout l'intérêt du cinéma expérimental! Très franchement, ce film est un objet indéfinissable, hypnotique, cauchemardesque, duquel émergent quelques idées que l'on peut s'amuser à creuser et qui révèlent un véritable message mais c'est un film très difficile à voir dans les bonnes conditions au risque de crier à l'arnaque!
Et ce ne sont pas les partis pris esthétiques qui aideront à accepter l'oeuvre... en effet Von Trier troque le noir & blanc expressionniste du film noir (alors qu'il en conserve bien des codes!) contre des couleurs ocres, voir même carrément oranges qui agressent vite la rétine...
Avec tout ça on peut se dire qu'il en faut de l'indulgence pour y voir un film important, mais pour bien comprendre il faut faire ce voyage dans l'esprit d'un profiler avant l'heure... Les images qu'on nous montre et qui semblent provenir des plus belles oeuvre du surréalisme, de Jodorowsky à Arrabal sont bien entendu des représentations du chaos mental qui habite ce détective (Michael Elphick extraordinaire, comme sorti d'un film d'Orson Welles), ces personnages au crâne rasé symbolisent la vision d'horreur pour Von Trier de la monté du néo-nazisme en Europe, une Europe qui devant sa caméra ressemble tout simplement à l'enfer...
Tout y est, la couleur, le puit qui représente le passage, la chaleur insupportable, les atrocités que commet ce meurtrier mystérieux... Et cet enfer Fisher le crée bien malgré lui en rentrant dans l'esprit torturé d'Harry Caine, en essayant de le comprendre pour le retrouver, il va finalement devenir cette incarnation du mal... Lars Von Trier frappe vraiment très fort avec ce premier film, les images toutes plus abstraites et symboliques les unes que les autres aboutissent à un ensemble d'une beauté formelle presque hypnotique, et finalement cette enquête policière n'est qu'un prétexte à des réflexions bien plus profondes, parfois évidentes, parfois inaccessibles au premier coup d'oeil.
Ce qui est certain c'est qu'il signe là une oeuvre atypique, un de ces labyrinthes mentaux qui peuvent alimenter des heures et des heures de discussions sans jamais vraiment réussir à percer tous les mystères. Qu'on aime ou pas, il s'agit d'un des films les plus énigmatiques de ces 30 dernières années, rien de moins.

Communauté : Cinéma, Cinémaaa - Publié dans : Danemark
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Par Niko06
Vendredi 22 mai 2009 5 22 05 2009 20:15

Un film de Nicolas Winding Refn



Alors que le mois prochain doit sortir Valhalla Rising et qu'en juillet sort Bronson, tous deux du même réalisateur danois (et deux belles claques en perspective), c'est l'occasion de se plonger dans son oeuvre la plus connue, à savoir la trilogie Pusher dont le premier film (qui n'aurait jamais dû être le premier opus d'une trilogie sans certains problèmes financiers du réalisateur) est sorti il y a déjà 13 ans! Et franchement, le film se pose directement comme une première oeuvre absolument brillante, un film dur, noir, sans concession. Une peinture d'un milieu glauque et violent qui évite le piège de la glorification d'un gangster pour en faire une véritable descente aux enfers, une course contre la mort dans laquelle l'urgence devient presque insupportable. Une belle claque en fait et une première oeuvre définitivement choc!
Le cinéma danois est surtout connu pour cette approche du cinéma qu'est le dogme95, lancé par lars Von trier et Thomas Vinterberg, on connaît aussi
Anders-Thomas Jensen, réalisateur des bouchers verts et d'Adam's Apple, sans parler des classiques muets (et aussi parlants d'ailleurs) de Carl Theodor Dreyer. A cette liste il convient dorénavant et sans faute d'ajouter le nom de Nicolas Winding Refn tant le bonhomme possède un talent fou. Dans Pusher, son premier long-métrage (c'est important de le préciser), il nous recrache ses influences cinématographiques au visage (Scorsese, DePalma version Scarface, Boyle de Trainspotting...) et nous cloue au siège avec sa chronique d'un dealer danois qui entre dans une spirale sans fin et qui finalement perd la raison.
Entre trahisons, règlements de compte, dettes, drogue, prostituées... tout y passe pour nous dépeindre une ville de Copenhague pas vraiment accueillante, crade et surtout très glauque. Tourné caméra à l'épaule et en 16mm pour un rendu hyper réaliste et pris sur le vif, le réalisateur nous donne une leçon de cinéma énervé pour un budget rikiki de 800.000€.
Comme quoi, il est possible de faire un film choc avec pas grand chose (bon, tout est relatif! Mais dans le cinéma, à moins d'1M€ c'est un petit budget). En tout cas son budget il le transcende complètement et nous offre une plongée dans un univers plutôt rude, et dans lequel le seul sentiment qu'on laisse voir c'est une sorte de fraternité avec ses amis... peu de place pour l'amour, il n'y a qu'à voir la discussion entre Franck et Tony ou les scènes où Franck refuse à Vic sa "petite amie" et à sa propre mère toute marque d'affection.
Un gros dur donc, mais qui joue avec le feu puisqu'il se retrouve rapidement à devoir de l'argent à un peu tout le monde, et en particulier à Milo, une sorte de parrain serbe à l'allure plutôt sympathique mais impitoyable envers ceux qui lui doivent de l'argent... c'est impressionnant de voir à quel point chacune des décisions de franck s'avère foireuse et le précipite un peu plus dans la tombe. On comprend très vite qu'on n'est pas dans une success story et que tout ça prend des allures de requiem pour un con. Lui qui était le cerveau du couple Franck/Tony pète complètement les plombs en s'attaquant à beaucoup trop gros pour lui.
On n'a pas le temps de respirer dans ce film qui nous prend vraiment aux tripes, grâce à la mise en scène immersive et nerveuse de Winding Refn et l'interprétation sans faille de Kim Bodnia (qui a de faux airs de Tom Sizemore) et le second rôle de Mads Mikkelsen (le chiffre dans Casino Royale).
C'est violent, réaliste, très noir, sans issue... une peinture de petites frappes qui jouent au grand banditisme et payent le prix fort... un gros choc qui laisse sur les rotules!




Communauté : Ciné DVD - Publié dans : Danemark
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