Par Niko06
Jeudi 10 septembre 2009
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2009
12:00
Un film de Chung Mong-Hong
Ce qui est intéressant avec le cinéma asiatique, en plus de proposer un cinéma presque toujours original et qui tente de proposer du jamais vu, c'est que souvent on assiste à la naissance de
nouveaux talents. On en a l'habitude à Hong-Kong ou en Corée du Sud, beaucoup moins à Taïwan, petite île chinoise où la production cinématographique est dominée par deux réalisateurs, Hou
Hsiao-Hsien (Millenium Mambo) et Tsai Ming-Liang (la Saveur de la Pastèque), maintenant qu'Ang Lee, sans doute le plus connu du grand public (les deux précédents
étant surtout reconnus par un public plus spécialisé, avec un cinéma beaucoup moins accessible), s'est définitivement installé aux USA. C'est donc une petite surprise de voir débarquer ce Chung
Mong-Hong, qui après quelques publicités et un documentaire se retrouve avec son premier long-métrage directement sélectionné à Cannes l'an dernier dans la catégorie Un Certain
Regard, le film sort presque un an plus tard chez nous dans un anonymat déprimant tant il est supérieur à nombres de bouses qui restent plusieurs semaines à l'affiche et qui héritent de
campagnes de pub gigantesques...
Parking part sur un principe tout bête, un homme rentre chez lui, s'arrête
pour acheter un gâteau, et quand il veut repartir, sa voiture est bloquée par quelqu'un qui s'est garé en double-file... Point de départ d'une nuit complètement folle comme on n'en avait plus vu
depuis PTU de Johnnie To et qui nous rappelle l'excellent After Hours de martin Scorsese. On a un peu l'impression d'assister à une suite de sketches, tantôt drôles tantôt
tragiques mais qui si au premier abord peuvent dérouter dans leur construction, construisent un ensemble d'une cohérence qu'on ne pourra jamais prendre en défaut. Et la nuit de Chen Mo, ses
rencontres, vont créer non seulement une suite d'évènements tragi-comiques du plus bel effet, mais construire une réflexion lucide et intelligente sur la condition de vie urbaine.
C'est là une des grandes forces de ce petit film sans prétention, Chung
Mong-Hong, également scénariste, a accouché d'un scénario d'une efficacité redoutable. En plaçant son récit le jour de la fête des mères (détail qui prendra toute son importance sur la fin),
il va faire de cette succession de galères et de rencontres une sorte de chemin de croix qui va remettre Chen Mo sur la voie de sa réconciliation avec sa femme. Chaque petit détail va lui faire
prendre conscience de son égoïsme et de sa situation: il a beau vivre un drame, il va se rendre compte qu'il trouvera toujours des personnes vivant de plus grands malheurs que lui. Et tout ce
parcours est l'occasion de rencontrer une galerie de personnages hauts en couleurs et passionnants.
On va ainsi croiser un couple âgé qui n'a jamais vraiment fait le deuil de leur
fils exécuté, une petite fille en manque de père, un barbier manchot avec un passé trouble, un tailleur criblé de dettes et recherché par la mafia locale, un proxénète violent, une prostituée
triste... le tout servi par d'excellents acteurs pour la plupart parmi ce qui se fait de mieux à Taïwan. On retrouve ainsi Chang Chen (vu entre autres dans Happy Together de Wong Kar Wai ou dans les 3 Royaumes de John Woo), Jack Kao (vu dans Millenium Mambo), Leon Dai ou encore l'acteur hongkongais Chapman To ici dans un rôle bien loin de ses
pitreries habituelles, il fait preuve d'un humour très naturel tout en étant attachant tellement il est pathétique...
Le propos social en filigrane est évident, avec une vision déshumanisé de Taïwan,
une ville qui semble très glauque dans ce film, et qui est décrite comme le refuge pour les chinois en perdition...
A ce scénario en béton s'ajoutent une mise en scène et une photographie de grande classe, Chung Mong-Hong occupant les deux postes. Il nous fait une proposition de cinéma complètement
nouvelle, ne montrant pas vraiment de référence (si ce n'est la lumière à la Wong Kar Wai) et qui ose de belles choses au niveau du montage, mélangeant réalité et onirisme de bien belle
manière!
Il est vraiment dommage que ce film n'ait pas hérité d'une meilleure visibilité en salles car s'il n'est pas parfait (on sent quelques problèmes de rythme, fréquents dans toute première oeuvre), il
y a à l'écran suffisamment de talent pour en remontrer à beaucoup de réalisateurs en activité. En espérant qu'il confirme rapidement sur son prochain film, on tient là un futur grand talent du
cinéma venu d'Asie.
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Publié dans : Taïwan
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Par Niko06
Samedi 6 juin 2009
6
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2009
10:40
Un film d'Hou Hsiao-Hsien
Dès la séquence d'ouverture, un enivrant plan séquence qui suit la belle Shu Qi de dos dans un tunnel, la caméra
semblant respirer avec elle, le ton du film est donné. On va ainsi naviguer pendant toute la durée de l'oeuvre entre rêve et réalité. HHH abolit toute notion de temps ou de lieu (les quelques
indices qu'il nous donne se voient parfois contredits par les images) pour un film qui va faire l'économie de dialogues mais qui va pourtant dresser le portrait d'une jeune fille complexe,
magnifique et hypnotisante, un film qui se vit comme un voyage dans une communauté où les gens ne se comprennent finalement pas, et un regard sur un pays en plaine mutation, Taïwan. Et pour
représenter ce rêve, qui pouvait-il mieux choisir que celle qui, avant d'être la chinoise de service du Transporteur, était LA plus grande icône érotique d'Asie?
Le film peut déstabiliser le spectateur car finalement il ne se passe
pas grand chose, ou du moins il n'y a pas de trame scénaristique précise... Ce sont plus des instantanés, des moments de vie mis les uns au bout des autres. En résulte une oeuvre quasi hypnotique
(que certains qualifieront de "chiant" j'en suis sur), un voyage à la frontière du rêve... car si ce qu'on voit à l'écran parait bien réel, les couleurs utilisées sont à la limite du surréaliste!
Arc-en-ciel permanent, on pense beaucoup au cinéma de Wong Kar Wai pour l'utilisation et le mélange de ces teintes, mais la comparaison s'arrête là car HHH ne fait pas dans l'expérimentation
formelle au niveau des mouvements de caméra et des effets de montage.
Constitué uniquement de longs plans séquences d'une beauté
époustouflante, Millennium Mambo se veut un regard 10 ans plus tôt sur une jeunesse envolée, une jeunesse difficile, nocturne, faite de drogue, tabac, alcool et disputes... un trio
amoureux dans lequel chaque protagoniste va s'isoler progressivement, chacun créant son échappatoire illusoire: la clope et l'alcool pour Vicky, la drogue et la musique pour Hao Hao, les
activités illégales pour Jack, se dernier étant pourtant une bouffée d'oxygène pour Vicky, pendant un temps seulement... le seul vrai moment de bonheur c'est cette escapade au Japon, un retour en
enfance sous la neige ou les plaisirs simples se partagent devant des affiches de cinéma...
Tout le film est dévoué à l'image de son interprète principale, Shu Qi
que la presse internationale découvrait seulement. Elle porte le film sur ses épaules, l'électrise, le contamine de sa mélancolie... Car Millennium Mambo est un film mélancolique,
nostalgique, à l'image des autres films de HHH sans être pessimiste c'est très triste. Ces images qui ne sont que des souvenirs de Vicky, narratrice via la voix off persistante. Sa jeunesse lui
semble tellement lointaine qu'elle parle d'elle à la troisième personne, comme si cette jeune fille insouciante et pourtant enfermée dans une vie qui ne lui convient pas n'était qu'une
étrangère...
Comme il est un grand directeur d'acteurs, HHH permet à chacun d'être
parfait dans son rôle. Aux côtés de Shu Qi, Jack Kao (Full Alert, les fleurs de Shanghai, Time and
Tide...) est magnifique en gangster, et Tuan Chun-hao joue un amoureux jaloux, possessif et pourtant distant très complexe...
Millennium Mambo ne se regarde pas comme un film ordinaire, c'est une expérience sensorielle inédite qui nous transporte dans le passé et nous fait vivre toute une gamme d'émotions. C'est
un film magnifique, aussi bien visuellement que dans son sujet, une jeunesse désespérée sur laquelle on se retourne pourtant avec tendresse et mélancolie... C'est très beau et envoûtant, comme la
musique qui l'accompagne.
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Publié dans : Taïwan
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Par Niko06
Mercredi 15 avril 2009
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04
2009
12:29
Un film de Tsai Ming-liang
N'étant pas familier du cinéma de Tsai Ming-liang, il y a de quoi être déconcerté par ce film. Vendu un peu comme
un objet racoleur (il n'y a qu'à voir l'affiche française) où le fruit ne serait qu'un instrument de jeux sexuels, c'est pourtant carrément autre chose qui nous est proposé...
A la fois vision personnelle de l'industrie du cinéma X, film sur la solitude et sur l'amour, la saveur de la
pastèque étonne autant sur le fond que sur la forme, alternant le très drôle au carrément glauque, le très cru au hors champs, le très contemplatif à la comédie musicale débridée... curieux
mélange des genres mais objet terriblement fascinant qui n'est pas forcément facile d'accès et qui donc pourra rebuter le spectateur peu habitué à ce genre de cinéma mais qui au final ne laissera
personne indifférent.
Mais que se cache-t'il derrière ce titre aussi intriguant? Pourquoi une
pastèque? Tsai Ming-liang est obsédé par l'eau, ou plutôt par le manque d'eau. En effet la sécheresse sévit depuis plusieurs années à Taïwan et les restrictions et manque d'eau qu'on peut voir
dans le film sont le reflet d'une réalité problématique. La pastèque vient donc s'immiscer dans le récit comme un substitut à l'eau (elle est moins chère) mais est aussi utilisée comme substitut
au sexe, comme ami ou comme instrument surréaliste (voir la scène de la rivière presque asséchée remplie de pastèques flottantes!). Car en prenant ce thème du film X, qu'on peut voir comme le
degré 0 du cinéma, Tsai Ming-liang en profite pour faire une réflexion sur la solitude, le manque de plaisir, l'absence d'amour que ce milieu symbolise à l'extrême mais présent dans la société
toute entière.
Les 2 acteurs autour desquels tourne le film, tous deux rescapés de
Et là-bas quelle heure est-il? du même réalisateur en sont comme des descendants, le vendeur de montres étant devenu star du porno amateur et elle une surveillante de musée un peu
cleptomane. Tous deux sont vraiment en manque d'affection et trouve un substitut, l'un dans le sexe à outrance l'autre dans la pastèque. Même leur rencontre sera difficile, et ils n'oseront
dévoiler leur attirance que tard... Mais la saveur de la pastèque n'est pas pour autant un film dépressif et pessimiste. En incluant les séquences musicales pour symboliser l'évasion par
le rêve des personnages, Tsai Ming-liang nous donne même le sourire (en même temps comment résister à Lee Khang-sheng dans sa robe ou déguisé en pénis géant?).
Mais comme à son habitude Tsai Ming-liang nous offre aussi un film
fortement cinéphile avec ses références aux comédies musicales du passé ou aux fantaisies de Woody Allen. Le choix du cinéma porno où les acteurs ne sont que de la marchandise est une belle
métaphore sur l'industrie cinématographique actuelle...
Un film faussement léger mais véritablement provoquant et intelligent, qui parle d'un pays en perte d'identité, et qui en plus d'être superbement réalisé (il en faut du talent pour tenir le
spectateur avec des plans fixes et pas de dialogue), avec un sens du cadre qui nous dévoile chaque plan comme un tableau, nous invite à une profonde réflexion lors d'un final d'une beauté
malsaine jamais vue!
Quand deux êtres qui s'aiment ne peuvent se retrouver que dans le froid clinique d'un tournage de film X, avec le corps inerte d'une actice japonaise jusque là objet de désir devenu simple objet,
quand se mélangent amour, sexe, trahison, tristesse et jouissance... C'est très fort comme final, symbolique donc limite hermétique, mais terriblement éprouvant, et surtout très beau.
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Publié dans : Taïwan
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