Par Niko06
Lundi 9 novembre 2009
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18:20
Un film de Dario Argento
27 ans... c'est le temps qu'il a fallu au réalisateur pour enfin conclure sa saga des trois mères, commencée avec Suspiria en 1977 puis Inferno en 1980. Après la vision de cette
Troisième Mère, la seule conclusion qui vient à l'esprit est qu'il n'aurait jamais dû faire ce film. On le sait, depuis le Syndrôme de Stendhal, son dernier grand film en 1996,
Argento ne cesse de s'enfoncer toujours un peu plus, film après film, dans une médiocrité artistique effrayante... Honnêtement, en voyant cette bouillie infâme qu'est Mother of
Tears, le spectateur qui ne connaîtrait pas Argento ne pourrait pas ce douter une seule seconde que ce réalisateur fut une figure majeure de l'horreur et que dans les années 70-80 il a enchaîné
chef d'oeuvre sur chef d'oeuvre... C'est triste à dire mais depuis plus de 10 ans il continue de refaire le film de trop, il serait temps qu'il pose sa caméra et laisse définitivement sa fille
Asia reprendre le flambeau de la famille Argento car elle est douée, et lui ne l'est plus depuis trop longtemps...
Pourtant pendant 10-15 minutes en début de film il laisse planer l'espoir
d'une résurrection artistique improbable. Une ambiance efficace, une mise en scène aérienne, un mystère suivi d'une scène hyper gore... on y croit. Mais ce n'est qu'un doux rêve qui s'évapore assez
rapidement car si la mise en scène ne faiblira pas vraiment, à l'apparition du petit singe on se pose déjà des questions sur le sérieux de l'entreprise... et des scènes de grand n'importe quoi
injustifiées on va y avoir droit, et pas qu'un peu! Ce qui frappe d'entrée de jeu c'est l'aspect visuel. Travaillé à l'extrême sur les deux précédents films de la trilogie, avec une importance
capitale des couleurs qui servaient toute une symbolique complexe, cette fois il privilégie une lumière naturelle en abandonnant l'idée de tourner en studio. Le résultat est moche, on se croirait
devant un vieux téléfilm fauché...
Les thématiques soulevées dans Suspiria et Inferno?
Absentes ou traitées par dessus la jambe... Argento semble ne s'être souvenu du spectacle graphique que constituaient ses deux films que sur la fin, donc à l'approche du dernier acte il
nous sort des couleurs surréalistes, mais c'est trop tard. Avant d'en arriver là on doit se farcir une intrigue bidon qui ne tient pas la route deux secondes, avec des raccourcis scénaristiques
indignes de son rang. Le réalisateur semble vouloir privilégier le gore au mystère, et quand il le fait ce n'est même pas toujours réussi! Autant certains effets et maquillages sont réussis, autant
d'autres font peine à voir (têtes en latex à peine visibles, incendie numérique à vomir... qu'est-ce que c'est vilain!!!). Mais ce n'est pas tout...
La réunion de sorcières dans Rome est sensée créer le chaos, c'est ce
qu'on nous dit... sauf que sur les plans larges, au mieux on voit deux personnes se chamailler, bonjour la fin du monde! Le grand moment du film est sans doute la scène de la gare... entre
l'arrivée des "sorcières" (en fait des jeunes filles au look un peu gothique) et la course poursuite qui se termine dans une librairie où Sarah se découvre le don de devenir invisible,
grâce à la voix de sa maman... on touche le fond. C'est à se demander si les gens qui ont fait ce film l'ont revu avant de le diffuser... Non parce que il y a quand même des trucs incroyables!
Quand la mère de Sarah (Daria Nicolodi, la vraie mère d'Asia Argento) lui apparaît façon hologramme d'Obi-Wan Kenobi c'est un grand moment, et puis il y a ce singe aussi,
mais qu'est-ce qu'il fout là???
Argento tombe dans la gratuité de tous les instants et enterre son film
qu'on ne peut vraiment pas prendre au sérieux. Il profite d'avoir engagé des bimbos comme actrices pour bien cadrer leurs culs et leurs seins, nous balance une scène lesbienne sans qu'on sache trop
pourquoi, se fend d'un long (mais alors très long) plan séquence dans la maison super maîtrisé mais tout simplement chiant... bref, la virtuosité technique au service du vide, ça ne sert à rien du
tout.
Donc avec une intrigue à deux balles, des personnages ridicules, et une mise en image qui mixe une belle mise en scène avec une photo dégueulasse... pour un maître de l'horreur ça fait quand même
très série Z. Alors oui on peut le prendre au 10000ème degré et rire de tout ça mais franchement c'est juste mauvais.
On atteint également des sommets avec le casting. En tête la belle
Asia Argento (que son malsain de père filme sous la douche et humilie dans la scène finale) que j'aime beaucoup d'habitude mais qui là est risible dans le pire rôle de sa carrière.
Philippe Leroy et le pauvre Udo Kier meurent dans d'atroces souffrances, les flics sont à mourir de rire, le casting féminin fait pitié... c'est pas parce qu'on a des gros seins
qu'on est bonne actrice, il faudra le lui dire à Dario!
De tout ce joyeux bordel ressortent quelques scènes bien graphiques et sympa mais dans l'ensemble c'est quand même pitoyable. Le dernier acte dans la maison c'est le summum du n'importe quoi, ça
part dans tous les sens pour se conclure sur une scène hors sujet, et pendant laquelle on se demande quel était le message. Car après un tel échec voir Asia exploser de rire on peut le
prendre comme "c'était une vaste blague" ou "bande d'abrutis on vous a bien eu"... A vite oublier, Mother of Tears c'est une bouse.
R.I.P. Dario.
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Par Niko06
Mercredi 26 août 2009
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08
2009
17:35
Un film de Sergio Corbucci
Quand on porte le prénom Sergio, on a de grandes chances de faire son trou dans le western... sauf qu'on reste
inconnu du grand public qui ne célébrera (et encore c'est un bien grand mot) que le plus emblématique. Ainsi dans l'ombre de Sergio Leone ont évolué entre autres Sergio Sollima (le Dernier
Face à Face), Sergio Martino (Mannaja) et donc Sergio Corbucci, réalisateur touche à tout qui a abordé à peu près tous les genres avec plus ou moins de bonheur et qui a offert au
western italien au moins trois oeuvres majeures, inégalées et inégalables: Django, Compañeros et le présent Grand Silence, sans doute son chef d'oeuvre (bien qu'il soit
difficile de faire un choix parmi ces trois...). A tous ceux qui pensent que le western "spaghetti" est un genre mineur, voilà une des réponses qui mettent clairement les choses au point, on est
ici devant du très grand cinéma, du genre qui révolutionne les choses tout en mettant une grosse claque au spectateur, tant sur le fond que sur la forme.
A première vue rien de fantastique, un héros solitaire très manichéen et
au passé sombre, un méchant très très méchant... On retrouve en fait tous les codes du western, qu'il soit américain ou italien, sauf que Corbucci va complètement les tordre pour livrer une
oeuvre nihiliste au possible, d'une noirceur presque jamais vue... et pour bien appuyer le contraste, aux habituels paysages désertiques et étouffants se substituent des plaines enneigées,
immaculées et au froid glacial. Corbucci décide également d'utiliser une figure classique, celle du héros infirme, qu'on peut rencontrer dans le western bien sur mais surtout dans le cinéma
japonais et chinois. Ici c'est un tueur implacable et muet du nom de Silence, et qui est joué par un surprenant Jean-Louis Trintignant.
Un des meilleurs acteurs français toutes générations confondues qui
reprend une figure emblématique proche de celle de l'homme sans nom... c'est intéressant! En face de lui son nemesis, le monstrueux Klaus Kinski qui incarne le chasseur de primes Tigrero. A la
fois à l'opposé de Silence mais qui semble aussi être son double maléfique (look très proche, attitudes similaires...), il est le mal. Effrayant car à la fois brutal, calculateur et intelligent,
il semble impossible à arrêter et la mise en scène de Corbucci vient en ajouter encore avec une ambiance vraiment oppressante, des cadres souvent très serrés (d'ailleurs les plans larges
semblent presque surréalistes à cause de la neige) et des mouvements parfois très rapides. Ajoutant à cela la très belle composition d'Ennio Morricone (oui je sais c'est un pléonasme) un peu
étouffée et qui tient plus du thriller que du western, et on tient une ambiance jamais vue!
Véritable requiem, le grand silence possède son lot de scènes
cultes, certaines immédiatement, d'autres car elles prennent une toute autre dimension lorsqu'arrive le final du film. Ainsi Silence prend un certain plaisir à amputer ses victimes avec son
pistolet automatique (un Mauser, pas vraiment l'arme habituelle du cavalier solitaire!) comme pour se venger de sa propre mutilation, et comme Corbucci est plutôt un adepte des images crues,
c'est assez sanglant. C'est aussi un film aux forts relents politiques, en particulier par le biais du shériff (Frank Wolff), simple exécutif envoyé à l'abattoir par le gouvernement...
Mais c'est avant tout un portrait pessimiste. On peut chercher toutes les
métaphores que l'on veut, et il y en a beaucoup comme dans tout film italien de cette époque, le film s'apprécie à sa juste valeur au premier degré. En écho aux paysages enneigés le sang coule et
le propos est grave. La figure du héros est complètement déboulonnée, celle de la femme dans le western également (ça préfigure Il était une fois dans l'Ouest) et il y a une dernière
partie d'une noirceur jamais vue. Je ne me souviens pas d'avoir déjà vu un final aussi couillu, que ce soit dans un western ou autre... Le nihilisme au cinéma atteint ici des proportions
inimaginables et nous prend par surprise car une fin comme ça même dans mes rêves les plus fous je n'imaginais pas que quelqu'un l'ose!
Rien que pour ça le Grand Silence mérite sa place au panthéon, mais l'ensemble du film le mérite... c'est un chef d'oeuvre qui prend le genre à contre-pieds de la plus belle des manière,
qui va jusqu'au bout de son propos et qui quarante ans après sa sortie réussit à mettre une bonne grosse claque au spectateur, bravo!
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Par Niko06
Jeudi 19 mars 2009
4
19
03
2009
15:03
Un film de Matteo Garrone
Au moment de la sortie de ce film on a plus entendu parler dans les médias des menaces de mort qui planaient sur
Roberto Saviano, auteur du livre et du scénario de Gomorra, journaliste intègre qui a osé dévoiler au public des secrets que la mafia napolitaine préfèrerait cacher. C'est dire à quel point
l'univers qu'il décrit est proche de la réalité. Le roman fait froid dans le dos, le film en est une belle illustration et nous donne une image des gangsters bien loin de ce qu'on a l'habitude de
voir, un film dans la plus pure tradition du cinéma italien contemporain, réaliste, froid et sans concessions. Un film qui fait réfléchir sur cet autre pouvoir.
Un choc. Mais un
film plutôt difficile d'accès.
Hollywood nous a montré beaucoup de gangsters et ses films ont véhiculé une image extrêmement glamour auprès du public. Car oui les mafieux nous ont fait rêver, de Don Corleone à Tony
Monatana, nous pauvres spectateurs n'en avons retenu que la gloire et le pouvoir, en oubliant sans doute inconsciemment comment ces personnages ont fini. Dès le début de Gomorra Matteo Garrone
fait ses adieu à ces mythes, dans une scène d'ouverture stylisée à mort quelques parrains se font descendre. La suite sera visuellement très différente...
Construit comme un film choral, croisement de plusieurs histoires, Gomorra tente de dépeindre de la façon la plus
crue et la plus réaliste possible ce qu'est réellement la Camorra, la mafia napolitaine.
En suivent les destins de jeunes rêveurs, d'un entrepreneur, de personnages perdus, Garrone nous montre à quel
point la société italienne est pourrie jusqu'à l'os. Ces voyous là ne font pas rêver, à aucun moment on ne les trouve sympathiques même s'ils nous font sourire.
Des carrières de craie qui serviront à entreposer des déchets à ce vieillard qui continue à faire du business sur
son lit de mort, en passant par les ateliers de confection clandestins et les rites d'initiation, rien ne nous est épargné de cette gangrène.
Sur le plan de la mise en scène, Garrone utilise sa formation de peintre pour élaborer des images qui auront un impact puissant. On pense à ces 2 jeunes qui vont vider des chargeurs sur la
plage ou cet enfant qui traverse sa cité avec des trafics à tous les coins de rue, aux yeux de tous sans vraiment être dérangés... Il y a un réel travail pictural là-dedans qui fait qu'on
accroche au film en plus du sujet.
Car jamais on ne s'attache à ses personnages qui n'inspirent que pitié ou dégoût, car ils choisissent tout de même
leur destin, même si celui-ci et la famille dans laquelle ils entrent ne pourra finalement que les
broyer
Voilà un film qui fait froid dans le dos. Il dépeint une réalité sans fard qui nous prouve qu'une société en crise
se retrouve sans le vouloir placée entre les mains de bandits qui sont présents à tous les niveaux de l'échelle sociale et ne sont soumis à aucune loi. Un film citoyen, grave,
cynique.
Un film finalement très important sur le fond et virtuose sur la forme, une nouvelle preuve que le cinéma italien
qu'on disait mort est en train de renaître.
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