France

Par Niko06
Mercredi 9 décembre 2009 3 09 12 2009 10:50

Un film de Philippe Lefebvre



Le synopsis d'allociné :
Armand coule une pré-retraite dorée sous le soleil de la Côte d'Azur, entre sa boutique de prêt-à-porter, sa Viviane chérie et... son jardin secret : l'Aline Roc. Une terrasse, vue sur la mer, où, chaque midi, en dégustant sa sole grillée, il s'isole, s'évade et rêve. Oui, mais voilà, l'Aline Roc va être vendu...

Pour son passage derrière la caméra, l'acteur Philippe Lefebvre, ami et scénariste de Guillaume Canet, s'attaque à l'adaptation du roman Maurice le Siffleur de Laurent Chalumeau, soit-disant digne héritier de Michel Audiard... Avec son action se déroulant sur la côte d'azur et à Cannes en particulier, on tient là une comédie française dans la grande tradition de tout ce qui se fait depuis quelques années, un mélange de notre patrimoine avec une approche toute américaine (ou même anglaise en fait), un film bourré de clichés, pas toujours drôle, avec un scénario faussement manipulateur, limite prétentieux, bling-bling à mort... pour un résultat qui vaut surtout le coup d'oeil pour sa tête d'affiche impeccable mais qui ne laissera pas un souvenir mémorable. Terriblement anecdotique et gentillet...
Pourtant ça commençait vraiment bien avec le caméo d'Alain Chabat qui ouvre le film. L'humour est piquant, les répliques font mouche... On se dit qu'on va passer un excellent moment de rigolade à défaut d'originalité, sauf qu'on déchante rapidement car cette forme d'humour on ne la retrouvera que rarement, l'ensemble versant plutôt dans le gag de bas étage, parfois drôle, parfois beaucoup moins, surtout en ce qui concerne les running gags. C'est dommage car le scénario possède un potentiel évident et le casting mêlant valeurs sures du grand écran et stars du petit apporte une dose de nouveauté rafraîchissante. Mais à trop vouloir en faire... en fait on sent bien le goût du scénariste de Ne le dis à Personne pour les gros rebondissements, sauf que chez Canet ça passait comme une lettre à la poste mais là ce n'est jamais crédible à cause de petits détails tout bêtes...
Tout le monde n'a pas le talent qu'avait Guy Ritchie à une époque pour les personnages hauts en couleurs et la multiplication des intrigues et à s'aventurer sur le même terrain il y a le risque de se casser les dents! Donc sur ce point c'est pas génial. Pas top non plus sur les clichés... alors certes ça sert sans doute à faire rire certains mais un peu comme la vision des français avec le béret et la baguette sous le bras chez les ricains, ce fantasme d'une côte d'azur où tout le monde roule en Ferrari ou en Aston Martin, remplie de gangsters, de mafieux et de bimbos, où on a tous des villas d'architecte quand on n'a pas envie de dormir au Martinez, où on peut corrompre un flic comme un agent du fisc... et bien ça pue un peu comme image, surtout quand ça devient la norme et qu'on ne peut s'empêcher de montrer Nice et Cannes comme des villes exclusivement habitées par des promoteurs russes et des nouveaux riches.
Mais bon, on pourrait passer outre ces menus défauts en faisant preve d'un peu de recul si au moins on se marrait vraiment. Sauf que là non plus c'est pas l'extase... alors on sourit beaucoup c'est vrai, on rigole parfois mais on n'atteint jamais les sommets espérés. Le duo prometteur Sami Bouajila/Fred Testot (oui, le Fred d'Omar et Fred, avec des cheveux!!) nous fait rire au début dans ce tandem de petites frappes maladroites pour ensuite nous ennuyer, le pathos bien franco-français qui vient opposer gros promoteur sans scrupule et le petit restaurant tenu par le gentil couple nous saoule également à défaut de nous intéresser, Virgine Efira joue très bien la potiche qui ne sait pas plonger mais beaucoup moins bien la femme fatale manipulatrice... Reste Thierry Lhermitte bien sur impeccable mais qui ne fait rien de plus que du Thierry Lhermitte et surtout François Berléand.
C'est bien le seul à relever vraiment le niveau, comme d'habitude. Ses mimiques, son détachement, son humour pince-sans-rire... De là à dire qu'il porte le film tout seul il n'y a qu'un pas. Surtout qu'il a droit à de belles lignes de dialogues, chose assez rare pour être signalée (même si ce n'est pas du Audiard non plus!!).
Bling-bling jusque dans la réalisation qui en fait des tonnes, surtout avec les split-screens, figure incontournable du film d'arnaques, le Siffleur n'est pas tant une déception (pour cela il aurait fallu en attendre quelque chose) ni un mauvais film. C'est juste une énième comédie franchouillarde qui se veut originale (et qui tente une fin à la True Romance!) dans la forme mais qui ne l'est pas vraiment. On ne s'ennuie pas, on passe plutôt un moment agréable, mais on ne le gardera pas forcément en mémoire... aussi inoffensif finalement que ce fameux Maurice, dit le Siffleur.




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Par Niko06
Vendredi 4 décembre 2009 5 04 12 2009 11:50

Un film d'Albert Dupontel



Le synopsis d'allociné :
Un braqueur de banques, le Vilain, revient après 20 ans d'absence se cacher chez sa mère Maniette. Elle est naïve et bigote, c'est la planque parfaite. Mais celle-ci découvre à cette occasion la vraie nature de son fils et décide de le remettre dans le " droit chemin ". S'ensuit un duel aussi burlesque qu'impitoyable entre mère et fils.

Après le retour de JP Jeunet, 2009 marque également le retour d'un de nos réalisateurs les plus "autres", Albert Dupontel. Et comme pour Jeunet, c'est une belle déception que son dernier film... Comme l'impression qu'il a troqué sa singularité contre une autre qui ne lui convient pas du tout tout en essayant à plusieurs reprises de retrouver tout ce qui faisait le charme de ses précédents films mais en vain. A l'arrivée le Vilain est un film qui porte assez mal son titre, mais c'est surtout un film assez symptomatique d'un réalisateur qui décide de partir à la rencontre du grand public, en le faisant rire mais sans jamais appuyer sur le politiquement incorrect... laissant sur le côté ceux qui avaient élevé Bernie au statut (mérité) de film culte.
Si je mentionnais si dessus le réalisateur d'Amélie Poulain ce n'est pas un hasard. En même temps que Jeunet semble avoir été influencé par le travail de Dupontel, et en particulier Enfermés Dehors pour les gags très cartoon, pour son Micmacs à Tire-larigot, c'est le contraire qui s'est passé chez Dupontel. En effet dans le Vilain on pense très souvent à l'univers de Jeunet, que ce soit visuellement avec des tons ocres très présents mais aussi dans le scénario qui mêle cruauté bien gentille et bons sentiments... on avait connu le réalisateur beaucoup plus méchant et incisif, c'est ce qui faisait la singularité de son cinéma qui ici, en plus de terriblement tourner en rond par rapport aux précédents, se vautre dans le politiquement correct que les artifices narratifs ne réussiront jamais à masquer.
Car il ne faut pas se leurrer, si le Vilain nous raconte pendant 1h30 les coups vaches que se balancent une mère et un fils pour s'éliminer, la conclusion vient bien confirmer cette impression qui plane tout le long du film : on frôle la mièvrerie la plus dégueulasse du genre l'amour triomphe de tout... Il est passé où celui qui bouffait des canaris, aiguisait des pelles et faisait s'entretuer ses parents?? Dans son dernier film il n'y a ni l'humour noir et irrésistible de Bernie, ni la folie visuelle d'Enfermés Dehors, et encore moins cette impression de perfection formelle et narrative du Créateur... Il y a pourtant un petit peu de tout ça mais en beaucoup moins bien! En fait Dupontel semble s'être calmé dans son cinéma, sans doute pour se rendre plus fédérateur, mais c'est une fausse bonne idée car il devient fade...
Pourtant on peut noter une évolution majeure, qui permet au film de décoller un peu, c'est celle d'enfin partager la tête d'affiche. Cette fois en plus du one man show habituel d'Albert Dupontel, toujours excellent et drôle, on a une actrice qui se hisse à son niveau, une actrice populaire de surcroît. Catherine Frot, vieillie pour l'occasion, apporte un contrepoint salvateur au délire déjà vu de l'acteur et leur "affrontement" devient vraiment sympathique. Une sorte de Tatie Danielle en bien plus gentille mais tout aussi manipulatrice, qui cherche à refaire l'éducation de son fils pour pouvoir mourir en paix... A leurs côtés on retrouve le goût du réalisateur pour les personnages complètement barrés qui s'appuie sur des acteurs secondaires juste excellents : l'habitué Nicolas Marié en docteur alcoolique, Bouli Lanners en promoteur véreux, Bernard Farcy en flic... il faut avouer qu'on a droit à une belle galerie.
En fait malgré des défauts évidents tout fonctionne assez bien jusqu'aux 2/3... ensuite ça devient quand même laborieux et on en vient à regarder sa montre, ce qui en général est un mauvais signe pour un film qui dure moins d'1h30! Aussi surprenant que ça puisse paraître, le Vilain souffre d'un manque de rythme évident, qui contraste avec la folie et l'énergie de plusieurs scènes... On rigole des gags à la Tex Avery, des souffrances de la tortue, des blessures par balles... mais au bout d'un moment on ne rigole plus et concrètement, on se fait chier. Dupontel a beau continuer son show interminable et toujours bien interprété, rien n'y fait on décroche alors que dans ses films précédents cela n'était jamais arrivé. De plus c'est dans cette dernière partie qu'on commence à vraiment verser dans les bons sentiments, la toute dernière scène faisant tout pour les cacher sans succès...
Après, dire que le Vilain est un mauvais film serait de la mauvaise foi. C'est juste que si on a suivi la carrière du réalisateur depuis ses débuts, on se trouve là devant son travail le plus faible, ce qui constitue forcément une déception!
Mais à côté de ça on retrouve toujours le Dupontel génial metteur en scène, qui maîtrise à la perfection le grand angle, les décadrages et angles de caméra improbables. Sur le plan visuel et technique c'est remarquable, il possède sa propre grammaire cinématographique et elle impressionne. C'est vraiment sur le fond qu'il y a un soucis, avec un scénario assez mince et peu intéressant qui donne une succession de scènes plutôt qu'une continuité, avec seulement quelques gags vraiment méchants qui laissent entrevoir qu'il n'a pas complètement perdu ses goûts déviants (il se fait passer pour un handicapé dans une scène plutôt drôle) mais au final on est bien devant une oeuvre terriblement mineure et indigne de son talent...




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Par Niko06
Lundi 23 novembre 2009 1 23 11 2009 12:15

Un film de Jacques Maillot



On a tendance à oublier que le polar a fait les beaux jours du cinéma français, bien plus que d'autres genres moins glorieux. On a eu des Melville, Malle, Deray, Verneuil, Lautner, Boisset, Corneau, Miller... Ce cinéma fait partie de l'identité cinématographique française et certains de ces films sont toujours des modèles dans le monde, à juste titre. Et si les dinosaures du genre se sont un peu calmé il y a dans la nouvelle génération quelques réalisateurs qui semblent à même de redorer ce blason, par exemple bien sur Olivier Marchal, Guillaume Nicloux, Nicolas Boukhrief et Frédéric Schoendoerffer... Si Jacques Maillot ne peut pas encore prétendre à rentrer dans ce cercle, le réalisateur du pas génial Nos Vies Heureuses signe là un film tout simplement bluffant, qui joue avec les codes du polar pour raconter un drame familial poignant et qui n'est pas seulement porté par deux acteurs en grande forme... belle grosse surprise!
En adaptant l'histoire vraie des frères Papet, un flic et un voyou, c'est l'occasion de renouer avec un style presque abandonné en France, le polar froid et sec à la mode 70's, remis au goût du jour depuis quelques années aux USA, par exemple avec Narc. Sur le plan visuel les Liens du Sang est une tuerie. La lumière un peu ocre, la caméra portée, la reconstitution sans faille du Lyon des années 70, la musique, les fringues, les coupes de cheveux improbables... l'ambiance rapidement posée est vraiment réussie. Tout comme les personnages, ça fait plaisir de voir des présentations qui ne s'étirent pas sur 30 minutes, qui touchent juste les points essentiels et jouent habilement de l'ellipse, c'est rare et pas mal de réalisateurs devraient en prendre de la graine.
Et si tout l'aspect polar est une réussite totale, avec une belle fusillade plutôt bien construite et un final bien tragique dans la pure lignée d'un film de gangsters, c'est ailleurs que se situent les plus belles choses. Car Maillot se joue de tous ces codes et profite d'un sujet en or pour dresser un drame psychologique merveilleusement ciselé. Avec le grand frère gangster qui sort de taule mais qui reste le petit préféré d'un père malade, et le cadet flic intègre et revanchard, les Liens du Sang soulève une problématique universelle, certes déjà vue car vieille comme le monde, mais toujours passionnante. L'amour fraternel peut-il prendre le pas sur notre intégrité sociale, morale et professionnelle? En ne se posant jamais comme juge, le réalisateur a le mérite de ne pas vraiment proposer de réponse.
Il construit son film comme une spirale dont on saisit rapidement la seule issue, sans la mort de l'un des deux l'autre ne pourra jamais vivre sa vie... c'est assez pessimiste mais tellement vrai. Toute proportion gardée, le film se rapproche thématiquement du fabuleux la Nuit nous appartient de James Gray, avec son traitement plus que tragique des valeurs familiales qui se voient ébranlées par une activité illégale et deux frères que tout oppose, mais qui restent liés quoi qu'il arrive... Les tragédies les plus puissantes ont toujours reposé sur ces fameux liens du sang, des récits anciens aux plus grands films noirs, et leur complexité se révèle ici de nouveau, sous le regard d'un metteur en scène très lucide.
Le casting a dû s'imposer de lui-même, Guillaume Canet et François Cluzet étant dans doute liés dans la vie depuis le tournage de Ne le dis à Personne. Leur fratrie ne fait aucun doute et se ressent à l'écran, en d'autres mots on y croit sans problème. Les seconds rôles sont à la hauteur, tous très bien dirigés, mais le très beau coup vient des personnages féminins. Souvent relayées au simple statut d'élément de décor dans d'autres films du genres, on a ici droit à 3 personnages très forts, bien écrits, et interprétés par 3 actrices de talent : Clotilde Hesme, Marie Denarnaud et Carole Franck. En grand directeur d'acteurs, Jacques Maillot leur fait donner le meilleur d'eux-même, étayant un peu plus la crédibilité de l'ensemble.
Pas de happy end foireux, pas de mélo gratuit... le film est d'une justesse remarquable, que ce soit dans sa construction ou dans son propos. La seule véritable liberté prise avec le récit initial se situe dans le climax, qui peut paraître poussif mais qui vient mettre un point final à l'interrogation principale de façon abrupte et violente... Dans tous les cas on tient là un film de genre qui se différencie du reste de bien belle manière, un drame aux allures de polar mis en scène avec classe mais sans esbroufe, interprété par d'excellents acteurs toujours justes (Cluzet est une fois de plus génial en gangster paumé) et avec une thématique grave et passionnante. Il n'y a plus qu'à espérer que Jacques Maillot reviennent vite avec un nouveau film car il frappe vraiment fort avec celui-là! Une belle tragédie.




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Par Niko06
Lundi 16 novembre 2009 1 16 11 2009 13:43

Un film de Terry Gilliam



En cette année cinématographique plutôt très riche en excellents films, il y avait pour moi 3 évènements majeurs (je ne compte pas Avatar qui me fait rêver autant qu'il me fait peur) pour autant de réalisateurs que j'ai tendance à vénérer: Inglourious Basterds de Quentin Tarantino, Public Enemies de Michael Mann et cet Imaginarium du Docteur Parnassus... 3 styles, 3 campagnes promos qui m'ont donné des frissons et avant de voir celui-là, 2 contrats largement remplis à mes yeux. Autant dire que l'attente de ce dernier film du génial Terry Gilliam (preuve ici qu'il fait partie des réalisateurs que j'admire le plus) était plus qu'immense, la peur d'être déçu également devant un film à la production plus que chaotique, dans la plus pure tradition "gilliamesque" qui a quand même atteint là des sommets avec le décès de l'acteur principal! Mais au final, devant cet objet filmique clairement malade, que dire... tout simplement qu'il s'agit de son meilleur film depuis longtemps, que c'est tellement riche qu'il faudrait le voir une dizaine de fois pour tout appréhender, que c'est merveilleux... un peu tout ça, et bien plus encore! Du très très grand Gilliam en roue libre, donc passionnant.
Et dire que ce film a failli subir le même triste sort que l'adaptation maudite de Don Quichotte... ne jamais voir le jour. Que cela aurait été triste de ne pas voyager encore une fois dans l'esprit tordu de l'ex-Monty Python, qui signait là son premier scénario original depuis les Aventures du Baron de Muchausen, il y a plus de 20 ans! Car dans cet Imaginarium, il y a tout ce qui fait le charme de son oeuvre dans son ensemble, un concentré de folie made in Gilliam, une déclaration d'amour aux freaks, aux contes de fées et à l'imaginaire en général... alors oui ceux qui n'ont apprécié que Las Vegas Parano et l'Armée des 12 Singes, ceux-là même qui ont craché sur Tideland, ceux-là n'ont sans doute pas aimé, preuve indéniable à mes yeux qu'ils n'aiment tout simplement pas son cinéma, qui brasse à la fois des thèmes sérieux ou graves tout en y ajoutant cette forte dose de fantaisie qui donne l'impression au premier abord de voir un film qui part dans tous les sens... alors que c'est d'une cohérence absolue...
Comme d'habitude on peut être perdu, déboussolé par la narration toute en ruptures, assommé par un univers tellement foisonnant qu'il faudrait faire un arrêt sur image à chaque plan pour en saisir tous les détails... mais la magie est à ce prix! Car tout est là, absolument tout ce qui fait l'attrait de cet univers aux frontières de l'imagination. On y retrouve un peu du Baron de Munchausen dans le personnage de Parnassus, un peu du Bandits Bandits pour le côté un peu foutraque et les nains, pas mal de Fisher King pour la poésie fantastique qui naît des demeures des sans-abris, du Brazil pour la société désincarnée... Mais le film va bien au-delà du simple best-of du monde vu par Terry Gilliam, il est à la fois merveilleux et très grave dans son regard sur notre rapport actuel à tout ce qui touche l'imaginaire. C'est là tout le fil conducteur, imparable, notre société de nous laisse plus le temps de rêver au monde qui nous entoure...
Gilliam est le seul réalisateur aujourd'hui capable de faire cohabiter un réel contemporain déprimant avec un envers du décor coloré et fantastique. Il le prouve dès l'ouverture de son film, à l'apparition de cette roulotte, sorte de caverne d'Ali Baba ambulante qui nous donne notre premier contact avec l'autre côté du miroir... et là on s'en prend déjà plein les yeux! Car cet autre monde, imaginaire mais qui en même temps révèle concrètement la vraie personnalité de ceux qui y pénètrent, est un régal pour les yeux. Pour faire simple, il renvoie les errances de Tim Burton et ses dernières visions fantaisistes à du pur amateurisme. Décors qui mélangent carton pâte et images de synthèse dans un patchwork d'influences visuelles qui va de Samuel Beckett à Faust, en passant par les maîtres surréalistes et bien entendu les Monty Pythons. Car il faut l'avouer, on retrouve beaucoup de cette richesse graphique qu'on trouvait déjà dans les séquences d'animation de Gilliam chez les Pythons...
Et à côté de ça, ce qui semble gêner pas mal de monde se trouve du côté de la narration, à priori sans queue ni tête... à vrai dire l'intrigue on s'en fout un peu! L'imaginarium est un film sensitif, un voyage, un récit initiatique, un conte philosophique, comment pourrait-il voler vers ces cimes avec une intrigue terre-à-terre et balisée? Impossible!! Plus j'y pense, plus je vois dans les réactions à ce film une logique éblouissante, ceux qui sont ouvertement critiqués pour ne pas regarder les merveilles autour d'eux (elle est là pourtant, derrière le béton) n'ont pas aimé. Il faut avoir gardé intact son esprit de voyageur itinérant de l'imaginaire pour accepter d'être embarqué dans ce merveilleux voyage. Car ce film joue la carte plutôt risquée de refuser un quelconque modèle de convention cinématographique, c'est une oeuvre libre, sans limites, et donner ce genre de liberté artistique à quelqu'un à l'esprit aussi productif que Terry Gilliam est un risque proche de l'inconscience, car une large audience risque d'être larguée...
Et au milieu de ces magnifiques tableaux surréalistes, jamais kitsh (Gilliam trouve avec la 3D un outil inépuisable qui semble avoir été pensé pour lui), se baladent des thématiques profondes. Nos choix de vie sont-ils définitifs? Quel est le prix de nos rêves les plus fous? Et au détour d'une scène à priori banale, quand le gamin détruit ce qui l'entoure avec sa nintendo DS, il pose LA vraie question, qui sera ensuite le moteur de la scène avec les bourgeoises, a-t'on vraiment perdu cette faculté de laisser aller notre imagination à cause de notre monde technologique et matérialiste? Il n'y répond pas, il nous offre simplement sa vision. Et comme symbole il invoque le mythe de Faust, le pacte avec le diable en échange du cadeau empoisonné qu'est la vie éternelle... Et Parnassus, qu'on a du mal à cerner, est-il un charlatan, un escroc, ou est-il vraiment ce qu'il dit être, se révèle comme un personnage tragique à l'extrême.
Comment donner vie à cette pure vision d'un esprit en ébullition permanente? Avec de grands acteurs. Entre les énormes surprises que sont Andrew Garfield et Lily Cole, les valeurs sures Christopher Plummer, Tom Waits (exquis dans le rôle du Diable) et Verne Troyer (sorte de Gémini Cricket) c'est déjà le grand jeu. Mais il y a bien sur Heath Ledger... si sa performance n'atteint jamais les sommets de son rôle en Joker, il est impeccable, magnétique. Pour prendre son relais dans l'imaginarium, Johnny Depp, Jude Law et Colin Farrell sont clairement impliqués, allant de son côté le plus lumineux et charmeur vers son côté sombre... C'est ce dernier qui livre encore une sacrée performance!! Bizarrement, alors que le décès tragique de Ledger aurait pu enterrer le film, il lui apporte une émotion qui aurait manqué... En effet, comment ne pas se laisser submerger lors de son apparition puis lors de son retour à la vie... c'est très beau.
Avec ses lentilles déformantes, sa mise en scène faite d'envolées, ses dialogues savoureux, Gilliam livre ici un film somme de toutes ses meilleures idées. On peut trouver ça indigeste car too much c'est vrai. Mais pourtant, dès la première vision (et je crois qu'il en mérite beaucoup plus), une chose saute aux yeux, il n'avait plus fait d'aussi grand film depuis longtemps. Comme souvent l'histoire jugera mais L'imaginarium du docteur Parnassus est un film brillant, pour peu qu'on s'y laisse entraîner.




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