Royaume Uni

Par Niko06
Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 08:30
8.1 Bouton Commandez 100-30

Un film d'Alan Parker



Le synopsis d'allociné:
Billy Hayes est arrêté à Istanbul pour avoir sur lui quelques grammes de hashisch. Condamné à perpétuité, il est enfermé dans des geôles d'une extrême inhumanité.

Séance de rattrapage tardive pour un classique, c'est ça de se découvrir une passion sur le tard... mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais. En même temps c'est vrai qu'Alan Parker je ne suis pas forcément fan... Angel Heart et Mississipi Burning ok c'est du grand art mais il y a eu Fame, Evita et le pleurnichard la Vie de David Gale... mais, et c'est là le signe d'un très grand pour finir de me convaincre, il y a eu the Wall! Et le réalisateur capable de ce coup de maître avec les génies des Pink Floyd a forcément droit à tout le respect du monde. Donc malgré son statut de culte, malgré quelques réticences, il faut avouer que Midnight Express est un choc de cinéma immense, du genre rare.
Est-ce que la force du film vient du fait qu'il s'agit d'une histoire vraie? C'est possible oui, cela en rajoute encore un peu à ce qui se passe à l'écran, même si ce qui nous est montré dans le film est largement romancé par rapport à la véritable expérience de Billy Hayes. Ce qui impressionne également en abordant Midnight Express c'est tout ce parfum de scandale qui l'entoure. En effet à sa sortie il s'est fait démolir pour pour ses propos anti-turcs et le scandale a duré près de 30 ans, le scénariste Oliver Stone ayant fait des excuses publiques à propos de l'ambiguïté du film en Turquie, en 2004, tout comme le véritable Billy Hayes, quelques années plus tard... c'est donc un film sur lequel plane une odeur de souffre, celle des grands films polémiques.
Il y a toujours un risque, comme de marcher sur une corde, lorsqu'on décide de bâtir un récit qui se veut universel en prenant un exemple concret, le risque d'être incompris. Il s'est passé un peu la même chose cette année, toutes proportions gardées car il n'y a pas eu de véritable scandale, avec le Ruban Blanc d'Haneke, qui prenait l'exemple allemand pour étayer un propos basé sur la naissance du terrorisme au sens large et non pas du nazisme... Car de quoi parle Midnight Express au fond? Ni du peuple du turc ou de leurs prisons abominables même si c'est bien ce qu'on voit à l'écran, mais bien évidemment d'une descente aux enfers d'un homme qui a joué avec le feu et s'est brûlé, de comment on peut briser un être humain jusqu'à le faire régresser à l'état animal...
Et en découvrant le film 30 ans après sa sortie, même en ayant assimilé nombre d'images sordides au cinéma ou à la télévision, quelle puissance!! Une puissance émotionnelle qui va crescendo, qui révolte... bien sur ce pauvre type méritait d'être puni, c'est évident, il cherchait à trafiquer. Mais est-ce une raison pour être condamné à perpétuité dans l'enfer des geôles turques? De subir les pires outrages et humiliations jusqu'à devenir un animal en lutte pour sa survie et de perdre la raison? Grand dieu non!! Oliver Stone a signé un scénario absolument magistral, justement récompensé d'ailleurs, et qui fonctionne comme un uppercut permanent dans la face du spectateur, de plus en plus sordide. Et même aujourd'hui ça fonctionne encore, c'est d'une efficacité redoutable.
Mais c'est bien l'addition de talents qui fait les grands films et à ce superbe scénario (heureusement amputé de sa fin spectaculaire) s'ajoutent les autres éléments. Alan Parker emballe le tout avec une mise en scène nerveuse qui vient créer de gros moments de tension et sait se calmer lors des scènes intimistes. A cela s'ajoute également la photographie (à pleurer tellement elle est belle) de Michael Seresin et la partition inoubliable de Giorgio Moroder... Et il y a ces acteurs incroyables, les seconds rôles de l'immense John Hurt, de Randy Quaid, Bo Hopkins et Paolo Bonacelli (qui reprend un beau rôle d'ordure après celui dans Salo de Pasolini). Mais surtout, comme touché par la grâce, Brad Davis, impérial dans le rôle de Billy, qui a trouvé là le rôle de sa trop courte vie, une des nombreuses légendes avortées du cinéma...
Contrairement à beaucoup d'autres, Midnight Express mérite son statut, ce voyage au bout de l'enfer des prisons est du genre à marquer durablement, et cela devait être encore pire à sa sortie. Très dur, très violent, mais aussi souvent très émouvant, on y trouve des thèmes forts et universels qui ne peuvent pas laisser indifférent. Car ce calvaire qu'on nous montre, on le vit avec Billy jusque dans l'incompréhension des dialogues en turc (en fait, du maltais) jamais sous-titrés, et on en vient même à espérer un happy end... Traversé de fulgurances et de scènes d'anthologie, bourré d'idées géniales (combien de films ont ensuite repris le battement du coeur comme élément de tension?), modèle instantané pour les films de prison qui ont suivi... on ne pourra finalement lui reprocher qu'un propos délicat qui peut prêter à confusion et une fâcheuse tendance à privilégier l'injustice donc est victime Billy en oubliant complètement sa culpabilité. mais ces réserves sont bien maigres face au reste, Midnight Express est bel et bien un très grand film.



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Par Niko06
Mardi 17 novembre 2009 2 17 11 2009 10:30

Un film de Nicolas Winding Refn



Comment se relever après une trilogie aussi terrassante que Pusher? Le réalisateur danois a trouvé la réponse parfaite avec ce biopic sur le prisonnier le plus dangereux d'Angleterre, Michael Petersen aka Charlie Bronson. Biopic qui n'en est pas vraiment un en fait... Bronson c'est un peu l'inverse de ce qu'on pouvait attendre de ce genre de film, une surprise totale pour un film carrément expérimental et conceptuel. Là où d'autres réalisateurs plus ou moins bien intentionnés auraient versé dans l'ultra violence à outrance avec un propos qui s'y prêtait vraiment, ce virtuose de NWR nous sort un portrait comme on n'en a jamais vu... ou presque car il invoque tout de même une sacrée référence, Orange Mécanique de Stanley "Dieu" Kubrick.
On sait que le réalisateur vénère Kubrick, sur son premier essai hors Danemark, Inside Job, il avait fait appel au chef op de Eyes Wide Shut et Barry Lindon... pour un film sous influence évidente. Ici il profite de ce faux biopic d'un vrai grand malade pour livrer sa version sous acide du chef d'oeuvre violent avec Malcom MacDowell. Scènes de violence inouïe parsemées par ci par là, musique classique omniprésente et en décalage total... on est devant un film bizarre. Bizarre car pendant 1h30 on ne voit quasiment qu'un seul personnage à l'écran, Charlie Bronson, sur une scène de one man show, en train de nous présenter le spectacle de sa vie qu'il souhaitait si importante. Seulement voilà, NWR aime les loosers, les pauvres types qui aspirent à la gloire alors qu'ils ne sont que des minables... même s'il s'agit d'un film de commande pour financer le sans doute génial Valhalla Rising, il apporte tout le soin possible à un sujet qui semble le passionner et qui lui correspond à 100%.
Bronson n'a rien du biopic flamboyant à l'américaine ou ennuyeux à la française... la construction de ce récit déstabilise immédiatement. En effet, on assiste à une succession de scénettes qui s'entrecoupent avec ce one man show fantasmé, où Charlie Bronson s'adresse au public et parfois même au spectateur. Le seul truc que ce mec-là voulait faire au départ était être célèbre, mais comme c'était un abruti, il voulait surtout être célèbre en prison, son hôtel personnel en fait... le seul endroit où il pouvait inspirer le respect et l'admiration. Mais son cheminement ne s'arrête pas là. Il a beau être simple d'esprit, il va évoluer d'une façon vraiment étonnante, se transformant peu à peu en artiste extrême en même tant qu'en oeuvre d'art grotesque modelant son corps.
Donc en gros on a Bronson à l'école, Bronson chez ses parents, Bronson en prison, Bronson à l'asile, Bronson dans des fights clandestins, Bronson amoureux puis re-Bronson en prison pour arriver à un long final surprenant... Autant dire que NWR s'affranchit de toute convention narrative et le résultat peut laisser songeur. Car sans réelle trame habituelle, on se retrouve à la fin avec la drôle d'impression d'avoir suivi 1h30 de vide. Alors que ce n'est pas le cas, mais du tout! Car avec cette sorte d'icône du mal incarné, Bronson brasse pas mal de choses importantes, dont l'histoire anglaise récente, et une étude de personnage passionnante si on prend le temps de passer outre cette construction étrange. Bronson, un film exigeant? A ma grande surprise, oui!
Avec un propos extrêmement ambigü, entre glorification d'une ordure et vision tragique d'un looser qui se croit grand (c'était déjà le cas dans la trilogie Pusher), NWR livre un film un peu hors du temps, qui aurait très bien eu sa place dans le cinoche trash des années 70... A la fois très référencé mais carrément original dans son traitement bicéphale (première partie dans l'esprit de Bronson, deuxième vu de l'extérieur), ce film a tout d'une belle claque dans la gueule pour peu qu'on fasse l'effort de le voir de la bonne façon... ainsi se dévoile une puissance incroyable dans ces vingt dernières minutes portées sur l'art, quand Bronson tente de recréer en live le tableau le Fils de l'Homme, de Magritte... aussi pathétique que génial, et aussi inspiré par une volonté artistique que par celle de retourner une fois de plus à la case départ : se faire tabasser, tabasser, et retourner en cellule...
NWR nous sort donc un film vraiment déroutant, qui peut très bien laisser de marbre comme il peut passionner, car derrière l'aspect copie d'Orange Mécanique, il y a pas mal de choses à y voir. Sur le plan esthétique, c'est assez incroyable. Le réalisateur construit des images complexes, joue avec toutes les couleurs possibles, enchaîne les effets de montage... c'est vraiment à la limite de l'expérience et d'une beauté plastique à couper le souffle. Et puis il y a Tom Hardy... impressionnant, théatral, imprévisible, il porte le film tout seul dans une performance digne des plus grands acteurs. Vraiment il est bluffant dans ce rôle complètement schyzo!
Bronson c'est donc un film assez difficile à conseiller car difficile à appréhender. A la fin il laisse une impression étrange d'avoir assisté à un non-film radical et quasi-hypnotique, puis se révèle d'une richesse étonnante derrière une mise en scène juste virtuose.




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Par Niko06
Vendredi 30 octobre 2009 5 30 10 2009 22:30

Un film de Duncan Jones



Pour son premier film, le fils de David Bowie s'attaque à genre quelque peu délaissé, la Science Fiction à tendance minimaliste... On a bien eu Sunshine il y a deux ans et qui sans sa fin hors-sujet aurait été un très grand film et Solaris version Soderbergh il y a sept ans. A part ça pas grand chose à se mettre sous la dent, les réalisateurs ayant sans doute trop peur de se frotter à la comparaison avec des monuments comme 2001 l'odyssée de l'espace ou le Solaris de Tarkovsky (faut se faire une raison, ils ne seront jamais égalés)... Et voilà que débarque un certain Duncan Jones, avec son scénario sous le bras, un petit budget de 5M$, un grand acteur qui fait son one man show (enfin presque..) et un amour gigantesque pour la SF. Alors est-ce que son film brille par ses influence? Bien entendu c'était inévitable, mais c'est suffisamment intelligent pour tenter une approche inédite qui vient utiliser ses modèles pour mieux s'en démarquer, chapeau l'artiste, y'a du potentiel chez ce réalisateur!!
Et c'est clair que devant Moon on pense à plein d'autres films... ceux cités ci-dessus mais également Silent Running, Outland mais aussi Blade Runner et Alien. Il faut dire que les années 70 ont marqué la SF au cinéma de façon indélébile et qu'encore aujourd'hui quand on imagine notre futur ce sont ces images qui reviennent... difficile donc de s'en écarter complètement, autant digérer ces influences et repartir sur de nouveaux thèmes tout en restant dans l'ombre de ces grands. C'est exactement ce que fait Duncan Jones en ne s'intéressant pas tant que ça au monde du futur mais plutôt à l'homme, et un homme en particulier car le fond du film, même s'il aborde des sujets universels est vraiment concentré sur le personnage de Sam Bell et non pas sur l'humanité au sens large.
Le rythme imprimé à Moon est très spécial, surtout dans la première partie qui se focalise sur le quotidien de ce type chargé de gérer l'extraction d'hélium-3 sur la Lune. Répétition des scènes, musique lancinante, Jones cherche à nous faire ressentir d'abord la routine puis l'ennui et enfin les dégâts que peuvent voir la solitude sur l'état mental d'un être humain. Franchement on en sait pas trop où ça va jusqu'à l'accident. A partir de ce moment il est clair que le film prend une toute autre dimension, avec l'apparition du deuxième Sam et alors qu'on s'imagine pas mal de choses à propos de ce nouveau personnage, le film nous dévoile une de ses thématiques principales, le clonage. Et il faut avouer que le sujet est traité d'une façon très intelligente et humble, mais surtout très "humaine".
En fait sur chaque sujet qu'il aborde, Moon s'éloigne de ses aînés, il ne tombe jamais dans le trip mystique ou métaphysique ni dans le space opéra, sur la durée tout cela reste très minimaliste. Peut-être même un peu trop parfois car certains sujets importants et qu'on ne s'attendait pas forcément à trouver dans un film de SF "moderne" se voient presque sacrifiés par manque d'ambition. Fait assez rare pour être souligné dans une tendance générale au cinéma à essayer d'en mettre plein la vue à tout prix. Et le thème le plus touché à mes yeux et qui n'est pas assez développé alors qu'il serait passionnant est celui de la critique du monde du travail, et de la perte d'identité qu'il peut entraîner quand il sombre dans l'excès de l'exploitation. Ce sujet est abordé, c'est clair, de façon très intelligente à travers l'idée du clône, mais on sent qu'il aurait pu le pousser bien plus loin sans tomber dans l'excès de zèle.
Moon vient également se démarquer largement de 2001 dans son rapport à l'intelligence artificielle. Si dans le film de Kubrick elle représentait à travers HAL une entité en quête de reconnaissance qui n'hésitait pas à se dresser devant son créateur pour exister, ici GERTY (voix de Kevin Spacey) est au contraire à sa disposition, et va même jusqu'à l'aider de son propre chef, allant à l'encontre de sa programmation et se rendant complètement vulnérable... soit une approche nettement plus optimiste de l'avenir des machines dans notre société. Le propos sur le clonage est lui par contre dans la même veine que celui de Blade Runner, soulevant un débat éthique sans doute infini sur l'humanité ou non-humanité d'un être crée à partir d'un autre et qui n'est donc pas tout à fait un fruit de la nature...
Le scénario très intelligent réussit à nous surprendre jusque dans un final vraiment émouvant (ce n'est pas le seul passage qui laisse une grande place à une véritable émotion) mais auquel je reproche d'être beaucoup trop explicatif. Jones vient fermer son film et ne laisse aucune interprétation possible, sur ce point c'est vraiment dommage...
Sur la forme, la simplicité apparente de la mise en image colle à la perfection au propos. Ici point de CGI, on a l'impression de retomber 30 ans plus tôt avec des extérieurs lunaires faits de superbes maquettes, la photographie en tous points exceptionnelle vient encore sublimer tout ça. Tout comme la partition de Clint Mansell qui trouve le ton juste, là aussi dans le minimalisme.
Mais il y a un dernier point vraiment pas négligeable auquel la réussite de Moon doit beaucoup : Sam Rockwell. Il aura fallu attendre 7 ans pour qu'il retrouve un rôle principal après Confessions d'un homme dangereux (les débuts flamboyants de Georges Clooney à la réalisation). Il trouve ici un double rôle à la hauteur de son talent si souvent sous-estimé, portant le film tout seul, il fait étalage de sa palette de jeu qui est juste immense... bref un très grand rôle pour un très grand acteur qui devrait enfin trouver la reconnaissance qu'il mérite.
Voilà, Moon derrière ses aspects ultra référentiels est une expérience assez unique. Un film de SF simple pour la forme, hyper ambitieux pour le fond mais sans vraiment le vouloir. Le film souffre de quelques défauts (ça reste un premier film!) mais il constitue une sacrée belle promesse pour l'avenir avec ce réalisateur qui semble bourré de talent!



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Par Niko06
Vendredi 23 octobre 2009 5 23 10 2009 13:20

Un film de Martin McDonagh



Ne surtout pas se fier à ce titre français ridicule qui parodierait presque un James Bond, ce film n'a rien d'un film d'espionnage avec des gadgets, ni d'un polar et encore moins d'un film d'action. In Bruges est un film d'ambiance, une sorte de comédie inclassable à l'humour noir dévastateur et à la mélancolie permanente. Choisir d'envoyer des tueurs à gage dans un lieu aussi pittoresque tient du coup de génie tant le décalage entre la tranquillité de cette ville et le caractère extrême des deux tueurs british est énorme! Pour son premier long métrage Martin McDonagh, metteur en scène de plusieurs pièces de théâtre, trouve le ton parfait pour cette histoire parfois à la limite du surréalisme mais qui bénéficie d'un scénario en béton, d'une mise en scène de qualité et d'acteurs juste parfaits pour un ensemble qui ne ressemble à aucun autre film, et surtout pas à ce qu'on pouvait attendre...
La surprise est de taille quand on s'attendait plus ou moins à une sorte de polar, genre aujourd'hui hyper formaté et fréquenté majoritairement par des copies de copies d'excellents films. McDonagh vient d'emblée poser une ambiance étrange à travers le monologue intérieur de Ray, In Bruges sera une sorte de ballade désenchantée pour deux tueurs en perdition, l'un ayant commis une grosse boulette pour son premier contrat, l'autre semblant quelque peu blasé par sa "professions". Et contrairement au film de vacances raté de Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona) la ville de Bruges tient ici un rôle capital en étant le 4ème personnage principal du film. Loin d'une imagerie de carte postale, on la voit comme un lieu idéal de vacances tranquilles avec des merveilles culturelles à découvrir ou tout simplement comme un véritable enfer de morosité.
Pendant les 3/4 du film on suit donc ces vacances forcées, ces pérégrinations d'un duo insolite, deux personnages opposés à l'extrême mais qui s'avèrent complémentaires l'un à l'autre. C'est l'occasion de découvrir des lieux qui ont l'air magique et d'en savoir plus sur les tourments psychologiques des deux tueurs. Mélancolique et torturée, c'est je pense la meilleur façon de décrire cette escapade flamande tant ces personnages semblent au bout du rouleau. On sent que Ken en a trop vu dans ce métier et qu'il a le désir de se poser, même s'il sait que c'est impossible. Ray lui est nouveau et l'erreur de son premier contrat l'a anéantit. On le devine assez vite dépressif, ne souriant jamais et insensible au charme atypique de la ville, on le découvre carrément suicidaire, enchaînant les excès en tout genre...
Outre une mise en scène joliment posée, la réussite du film repose sur son casting. Ken est interprété par l'éternel second rôle Brendan Gleeson qui trouve là un rôle à la mesure de son immense talent. Il est extraordinaire dans ce personnage mûr, réfléchi, et qui joue une sorte de grand frère pour Ray. Lui apparaît sous les traits de l'excellent Colin Farrell. Entre chien fou et clown triste en pleine dépression, il est énorme! Que ses détracteurs que je ne comprendrai jamais regarde ce film pour bien appréhender l'étendue de son talent... toujours à la limite du cabotinage, il est drôle, triste, pathétique... A leurs côtés Ralph Fiennes qui n'apparaît qu'au dernier acte est irréprochable comme d'habitude, les français Clémence Poésy et Jérémie Renier sont aussi de l'aventure pour un casting en tous points parfait!
In Bruges jouit d'un scénario extrêmement bien huilé et surtout de dialogues succulents. Les personnages et leurs petites querelles sont écrits avec réalisme et soucis du détail, ce qui rend chaque situation intéressante. Ma préférence va bien sur aux scènes avec Ray l'irlandais, ses déclarations complètement absurdes, ses réactions instinctives et son dialogue permanent avec lui-même qui lui fait faire des choses débiles (la scène du restaurant où il parle des vietnamiens est juste énorme). Très drôle, mais aussi carrément dramatique le film est avant tout très original, mariant l'humour noir, l'émotion et le burlesque avec une virtuosité certaine. Certes on peut lui reprocher une idylle un peu inutile et une certaine baisse de régime à l'apparition de Harry (Ralph Fiennes effrayant à outrance!) mais on lui pardonne aisément.
Très bien construit, avec un final étonnant par sa violence soudaine (même si on sentait que ça allait arriver), In Bruges a tout du film inoubliable. Par sa simplicité et sa liberté de ton, mais surtout par ce décalage permanent, il véhicule plein de choses... On rigole beaucoup (les histoires avec le nain sont excellentes, sans même parler de la manchette que lui met Ray) mais c'est aussi très sombre quand même... errance désabusée mêlée à de gros coup d'éclat jouissifs, je ne trouve vraiment pas de points de comparaison, c'est juste follement original, mis en scène et narré avec talent, joué par des acteurs de grande classe... non, vraiment ces Bons Baisers de Bruges sont une immense réussite de la comédie noire et ce qui est certain c'est qu'on va suivre la carrière de monsieur McDonagh avec la plus grande d'attention!!

Maybe that's what hell is, the entire rest of eternity spent in fucking Bruges.



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