Par Niko06
Samedi 12 décembre 2009
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2009
14:34
Un film de Wes Anderson
Le synopsis d'allociné :
Trois fermiers doivent faire face à un renard très futé à la recherche de nourriture pour sa famille...
Grosse surprise à l'annonce de la mise en chantier de ce film! Qu'un réalisateur de cinéma live passe à l'animation c'est déjà assez rare, mais alors qu'en plus il se lance dans le stop-motion,
procédé extrêmement segmentant au niveau du public... il fallait oser! Surtout qu'à la base Wes Anderson n'est déjà pas le genre de réalisateur à s'adresser à la masse appelée "tout
public". C'est donc un objet bizarre auquel il s'attaque, une sorte d'expérience cinématographique qui part de l'adaptation du Fantastique Maître Renard de Roald Dahl (roman pour
enfants tout aussi indispensable que Charlie et la Chocolaterie ou James et la Pêche Géante), adaptation plutôt fidèle soit dit en passant, mais qu'il arrange bien à sa sauce, avec sa
mise en scène et son humour si particulier, tout en décallage.
Je ne suis pas encore tout à fait familier de l'univers de Wes
Anderson dont je n'ai pour l'instant que vu, et adoré, la Famille Tenenbaum, un joyaux d'émotion et d'humour
pince-sans-rire. Des caractéristiques qui semblent communes à l'ensemble de son oeuvre, en fait il y a un parallèle qu'il est impossible de manquer avec l'acteur Bill Murray qui joue
lui-même sur le même registre, un humour aussi efficace que complètement détaché, jamais forcé... ce n'est pas un hasard si ces deux-là se retrouvent à collaborer!! Fantastic Mr. Fox prend
la même voie, mais la magie n'opère pas tout de suite, en effet il faut un petit moment pour entrer dans le film... la faute à cette animation en stop-motion qui personnellement me rebute assez
souvent, les personnages n'étant pas suffisamment expressifs à mon goût.
Non pas que l'animation soit râtée, au contraire, malgré l'absence
d'Henry Sellick qui a dû jeter l'éponge à cause de son Coraline, elle ne souffre d'aucun véritable
défaut et nous convainc assez vite qu'il n'y avait pas vraiment d'autre solution pour adapter le roman à l'écran. C'est simplement que la technique en elle-même n'est pas forcément ce qui se fait
de plus élégant en matière d'animation, à mes yeux. Pourtant, comme ce fut le cas cette année avec Mary & Max, passé un certain temps d'adaptation, on oublie la présence de ces êtres animés
pour ne plus voir que de vrais personnages de cinéma, des mini héros qui vivent leurs petites aventures et tragédies comme d'autres en live chez Anderson dans ses autres films. De plus,
cette forme d'animation sur un film complet est finalement logique après les passages animés de la Vie Aquatique...
Quoi qu'il en soit, et peu importe le résultat, Fantastic Mr Fox
est sans hésitation le film le plus ambitieux de son auteur qui peut enfin se débarrasser de tout décor naturel pour créer une épure visuelle qui correspond si bien à son univers. Et le Mr
Fox en question n'a pas volé sa place au sein de l'oeuvre du réalisateur, il est une sorte d'éternel adolescent, coincé dans la période de sa vie où il était quelqu'un, qui refuse
catégoriquement son rôle de père, et va se créer des aventures complètement irréelles. Donner ce rôle vocal à Georges Clooney est un clin d'oeil bien senti tant son côté
planificateur/manipulateur rappelle Danny Ocean! De plus l'acteur le plus "what eslse" d'Hollywood possède ce côté naturellement cool et cynique dans la voix qui colle parfaitement à ce
personnage de renard prétentieux!
Il y a par contre un point sur lequel Anderson décoit, alors
que c'était un élément essentiel chez lui, les liens familiaux. Autant chaque personnage pris indépendamment est extrêmement bien écrit, intéressant, fouillé, autant l'idée même de famille est très
mal creusée, en partie à cause de ce père de famille qui n'en est pas vraiment un... c'est sans doute un choix mais il est vrai que l'évolution est assez étrange. Après un autre point qui peut
gêner également est l'inexpressivité des personnages, c'est un fait, sauf que c'est souvent de ce manque d'expression et de ces visages impassibles que naît l'émotion chez Wes Anderson,
toute forme d'émotion d'ailleurs! C'est ce style qui fait le tri entre les amateurs de son cinéma et les autres... c'est ce manque de tout qui en fait la richesse et qui est si difficilement
explicable, un simple plan sur un personnage qui ne dit rien peut nous faire rire aux larmes ou plonger dans la plus grande tristesse. A la condition d'y être réceptif, c'est virtuose!
Des regards vides qui en disent beaucoup, de l'aventure improbable, des
personnages hauts en couleur, des péripéties surréalistes... on est bien chez Wes Anderson qui prouve qu'on peut garder son style tout en changeant de support. Car il aborde l'animation
avec un vrai sens de la mise en scène, ose des plans serrés sur des visages, crée l'action dans l'immobilité, l'émotion dans l'absurde... c'est quand même très fort! Il enchaîne des moments graves
avec des scènes carrément épiques, pose une forme de mélancolie sous-jacente, illumine l'ensemble de scènes absolument géniale (l'apparition du loup, superbe!), accumule les morceaux de bravoure et
les références cinéphiles avec une influence évidente du western (merci à Alexandre Desplat qui impressionne une nouvelle fois) ou de la nouvelle vague (l'emprunt d'un morceau de la BO à
la Nuit Américaine)... bref même si au premier abord le film déstabilise, le résultat est un mélange de comédie dépressive et burlesque, aussi drôle que tragique, merveilleux mais jamais
facile dans le drame... et même si on peut déplorer que certains personnages soient sacrifiés, c'est au final une belle réussite et une belle surprise, toujours aussi peu accessible au spectateur
qui a besoin de se faire guider dans l'émotion ressentie...
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Par Niko06
Vendredi 11 décembre 2009
5
11
12
2009
15:05
Un film de Raymond De Felitta
Le synopsis d'allociné :
La famille Rizzo habite une petite ville des environs de New York, à la fois pittoresque et endormie. Mais les Rizzo ne correspondent pas à cette image idyllique et, comme dans toutes les
familles ou presque, ils tentent de sauver les apparences en cachant leurs petits secrets. Jusqu'au jour où il leur faudra affronter la réalité...
Il y a une évidence qui se confirme à chaque nouveau film, c'est quand on n'en attend absolument rien qu'on a droit aux plus belles surprises! City Island est un film indé dont pas grand
monde n'avait entendu parlé jusqu'à sa présentation hors compétition à Deauville cette année. Et pourtant c'est typiquement le genre de film qui mérite à être connu et qui risque d'être un beau
petit succès s'il trouve son public. Comédie de moeurs, drame, comédie familiale... pas vraiment de nouveau là-dedans sauf que le traitement et le thème central sont suffisamment originaux pour en
faire une petite réussite tout aussi rafraîchissante que grave, et portée par un acteur principal qu'il est bon de retrouver à ce niveau, loin de ses cabotinages chez Soderbergh...
Raymond De Felitta, réalisateur connu des amateurs de cinéma indé pour
Two Family House et The Things about my Folks, trouve un sujet en or pour explorer ce mal qui gangrène la famille depuis la nuit des temps, le mensonge et le manque de communication.
Et là il faut avouer que dans le genre il nous a pondu un scénario extrême... pas un seul des membres de cette famille n'est tout blanc, tous ont leur secret, qu'il soit lourd ou pitoyable. Et
celui qui les accumule c'est le père de la famille, Vince Rizzo, incapable d'assumer son passé, incapable d'assumer l'avenir qu'il cherche à se construire secrètement... dès lors c'est au
portrait d'une famille au bord du clash qu'on a droit. La moindre discussion se transforme en dispute, il n'y a bien que cet éternel orgueil macho très italien qui maintient un semblant de
cohésion.
Et paradoxalement, c'est également le père qui va tout faire exploser en ramenant
ce prisonnier chez lui... le passé qu'il avait du mal à cacher y compris dans sa mémoire lui éclabousse la gueule. Et bizarrement, malgré les apparences qui laissent voir de l'extérieur une famille
modèle, c'est ce prisonnier qui s'avère être le personnage le plus "normal" du film! Entre le père qui prend des cours de comédie en cachette, la mère en plein vide affectif, la fille devenue
stripteaseuse pour pouvoir reprendre la fac ou le fils secrètement attiré par les BBW (Big Beautiful Women)... on peut dire que chacun tire son boulet. L'intrigue prend la forme d'une sorte de
spirale de l'échec qui va révéler peu à peu les secrets de chacun dans un déballage qui pourrait très bien finir de détruire cette famille.
Le scénario est très bien construit, et même s'il accumule les rebondissements,
quiproquos, malentendus, et gros coups de malchance, on y croit car les personnages et leurs relations sont vraiment bien écrites, ce qui rend l'ensemble très crédible au point qu'on peut se
retrouver sur certains aspects de leurs histoires. L'aspect comédie est très réussi, avec des situations complètement farfelues et un humour très détaché qui le rend irrésistible. Et quand on mêle
qualité d'écriture et de bons acteurs, le résultat est savoureux! Si la fille d'Andy Garcia à la ville, Dominik Garcia-Lorido, est un peu transparente alors qu'elle porte un des
secrets les plus dégradants, ce n'est pas la même chose pour les autres qui sont tous très attachants.
Dans le rôle du fils Ezra Miller, qu'on avait vu dans
Californication, trimballe sa tête à claque avec le personnage le plus drôle du film, Julianna Margulies est excellente dans le rôle de la mère, à la fois terriblement séduisante et
complètement larguée dans un couple qui bat de l'aile. Alan Arkin et Steven Strait sont également au top mais c'est bien Andy Garcia qui fait une forte impression. Dans
ce petit film sans grande prétention (c'est son point fort) il en impose comme il ne l'avait plus fait depuis très longtemps, tour à tour drôle, pathétique, émouvant, avec un accent italien à la
limite de l'incompréhensible, capable de se montrer aussi fragile que puissant... en fait on a vraiment l'impression de retrouver Andy Garcia!
Et puis il y a ces clins d'oeil cinéphiles, à Woody Allen selon l'aveu du
réalisateur, mais bien entendu à Coppola rien que pour le thème de la famille renforcé par la présence de l'ombre de Brando et son imitation succulente lors d'une scène
d'audition.
City Island c'est typiquement le film à voir pour non seulement passer un bon moment, car il est bien rythmé, drôle et sans temps mort, mais aussi pour une morale intelligente qui fustige le
manque de communication et le mensonge au sein d'une famille. C'est réalisé sans fioritures, ça bénéficie d'une très belle bande originale... De plus le final qu'on redoute un peu car prévisible
est suffisamment habile pour ne pas tomber dans le grotesque et se montre même émouvant. Belle réussite qui mérite de trouver son public en salle car il s'agit d'une comédie familiale
irrévérencieuse, maline, aussi drôle que très juste... une très bonne surprise!
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Par Niko06
Jeudi 10 décembre 2009
4
10
12
2009
14:30
Un film de Ron Clements et John Musker
Le synopsis d'allociné :
Un conte qui se déroule à la Nouvelle-Orléans, dans le légendaire quartier français, où vit une jeune fille nommée Tiana.
Un nouveau Disney en 2D, animation traditionnelle, et qui ne sorte pas directement en vidéo, c'est un évènement. Retrouver les réalisateurs d'Aladdin, la Petite Sirène et de
Basil, Détective Privé également. En effet à la sortie de la Ferme se Rebelle en 2004 le studio Disney avait annoncé abandonner la 2D définitivement, au profit de la 3D en
parallèle des films Pixar... la fin d'une époque en somme, surtout que les derniers avaient un peu perdu ce qui faisait la magie de l'univers de Mickey, alors que la plupart des
classiques parlent à toutes les générations! C'est pour ça que la sortie de la Princesse et la Grenouille laissait la place à tous les espoirs possibles, de belles images à l'ancienne, plein
de couleurs, des chansons... Et le résultat sur grand écran confirme tout ça, Ô Joie! Le dernier Disney est une merveille!!
Mais il y a une condition à respecter pour l'apprécier, ne pas
avoir dit adieu à son âme d'enfant, condition nécessaire pour apprécier n'importe quel Disney en même temps... car la Princesse et la Grenouille c'est un conte de fée avant tout,
qui part d'un conte ultra connu des frères Grimm, le Prince Grenouille pour n'en faire que le point de départ d'une série de péripéties qui s'enchaînent à un rythme ne faiblissant
jamais. Des aventures qui pour la première fois chez Disney se déroulent dans une Amérique historique, dans une région aussi attirante qu'atypique, la Nouvelle-Orléans qui a tellement
souffert du passage de Katrina. On a presque l'impression qu'il y a là une façon de graver quelque part toute cette architecture si particulière aujourd'hui grandement détruite...
En plus du retour à la 2D et à l'animation sur papier, c'est
aussi le retour d'un mythe Disney, la Princesse! Et oui, la dernière était Mulan, il y a 11 ans... Ce sont donc de belles retrouvailles qui nous ramènent quelques années en arrière,
quand Disney dominait de la tête et des épaules l'animation, quand le numérique n'avait pas explosé, quand l'animation japonaise n'était pas si accessible... la séance est forcément nostalgique!
Mais heureusement il n'y a pas que ça, même si c'est déjà beaucoup de retrouver ce talent évident pour la magie. Non la Princesse et la Grenouille est une véritable réussite, même pour un
spectateur qui découvrirait Disney... la raison est simple, le récit est universel, les valeurs morales accessibles (oui bon, chez Mickey on reste dans du très consensuel mais on s'en fout) à tout
le monde, et l'esthétique qui ne peut que séduire.
Les décors sont somptueux, on se ballade entre le quartier
français, les immenses villas des riches américains et le bayou. Le conte de fées laisse vite sa place à l'aventure et à l'action, les deux grenouilles nous rappelant au passage le voyage de
Bernard et Bianca... Le film jongle habilemenet entre animaux et êtres humains, à travers de beaux personnages bien écrits, parfois drôles, parfois tragiques, parfois effrayants. On trouve
une grande part de frissons à travers la magie noire et le vaudou dans des scènes psychédéliques où les mauvais esprits sont invoqués. Oui les enfants auront la trouille comme on avait pu l'avoir
dans l'antre des hyènes du Roi Lion par exemple. C'est ce qui fait cette magie, toute une palette d'émotions qui nous submergent et nous font passer du rire aux larmes en quelques
minutes...
Autre ingrédient récurrent des dessins animés de
Disney, les chansons. Il est vrai qu'on pourrait souvent qualifier ces oeuvres de comédies musicales tant elles sont présentes et importantes dans le déroulement de l'intrigue! Pas
d'exceptions ici, elles sont nombreuses, rythmées, entêtantes... et surtout elles font corps avec la composition musicale ambiante de Randy Newman. A savoir qu'il fallait créer un univers
sonore réaliste et que pour notre plaisir non dissimulé si on est amateur, on a droit à de superbes morceaux de jazz, de folk, de rythm & blues, de country... tout ce qui fait l'identité
musicale du sud des Etats-Unis. Et tout cet ensemble réussit à créer une ambiance très particulière, originale, crédible comme rarement et où se mêlent réalité et fantastique avec bonheur!
On pourra toujours reprocher à Disney de verser
systématiquement dans les bons sentiments, mais ce serait perdre de vue le public de ces films, les enfants qui y trouveront leur compte. La Princesse et la Grenouille c'est une belle
histoire d'amour, une belle morale sur les choix qui importent vraiment dans la vie, une aventure trépidante et une vraie comédie (pas seulement musicale) souvent très drôle (d'ailleurs certains
gags avec Charlotte risquent de surtout faire rire les adultes) et touchante.
Mais en plus c'est visuellement magnifique, ça nous rappelle à quel point on a pu être émerveillé par la Belle et la Bête, ça grouille de détails sans que les plans soient surchargés, ça
part dans du délire arty lors des chansons... bref c'est le retour du grand Disney et ça fait rudement plaisir!!!
Merci Lyricis pour la projection.
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Par Niko06
Mardi 8 décembre 2009
2
08
12
2009
14:27
Un film de John Hillcoat
Le synopsis d'allociné :
Il y a maintenant plus de dix ans que le monde a explosé. Personne ne sait ce qui s'est passé. Ceux qui ont survécu se souviennent d'un gigantesque éclair aveuglant, et puis plus rien. Plus
d'énergie, plus de végétation, plus de nourriture... Les derniers survivants rôdent dans un monde dévasté et couvert de cendre qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il fut. C'est dans ce décor
d'apocalypse qu'un père et son fils errent en poussant devant eux un caddie rempli d'objets hétéroclites - le peu qu'ils ont pu sauver et qu'ils doivent protéger. Ils sont sur leurs gardes, le
danger guette. L'humanité est retournée à la barbarie. Alors qu'ils suivent une ancienne autoroute menant vers l'océan, le père se souvient de sa femme et le jeune garçon découvre les restes de ce
qui fut la civilisation. Durant leur périple, ils vont faire des
rencontres dangereuses et fascinantes. Même si le père n'a ni but ni espoir, il s'efforce de rester debout pour celui qui est désormais son seul univers.
Contrairement aux apparences, le film le plus ambitieux de l'année n'est pas Avatar, qui est à peu près certain de son succès à venir. Non il s'agit de la Route qui se lance dans
l'adaptation de ce que beaucoup considèrent à raison comme un des plus grands romans de la littérature contemporaine. S'attaquer à pareil monument immédiat c'est se préparer à recevoir les foudres
des fans mais les frères Coen ont prouvé l'an dernier qu'il était possible d'adapter McCarthy pour en faire un chef d'oeuvre sans en perdre l'essence... et il faut avouer que le
choix de John Hillcoat est des plus judicieux, il a prouvé avec The Proposition
qu'il était capable de créer des ambiances immersives, de faire du genre tout en posant de sérieuses réflexions... et si la Route pourra forcément décevoir (changement de médium oblige),
l'adaptation est aussi fidèle que le film est magnifique.
La Route est un film qui marque, qu'on ait lu le livre ou pas, car c'est un
film d'une tristesse infinie. Des films tristes on a en vu, de ceux qui appuient bien fort sur le pathos pour créer une émotion artificielle qui ne fera pleurer que les plus réceptifs aussi,
beaucoup trop. Non, là on est devant autre chose, on peut pleurer devant bien entendu, et j'imagine que le spectateur père de famille risque de passer deux heures douloureuses devant cette histoire
universelle, s'identifiant facilement au personnage de Viggo Mortensen. Mais la force de frappe de la Route nous rattrape un peu plus tard, quand on se rend compte qu'on n'en a pas
oublié la moindre image et qu'on réalise bien qu'on avait rarement vu aussi triste, véritablement triste, sans artifice... c'est fort.
Le roman était dépouillé dans sa narration, le film l'est dans sa mise en scène.
Qu'est-ce qu'on est loin de toutes les dernières tentatives plus ou moins réussies de récits post-apocalyptiques!!! Tout simplement car on y croit à fond, tout y est crédible (pas comme quand
Will Smith s'amuse avec sa Mustang alors qu'il n'y a plus d'approvisionnement en essence par exemple). La construction de ce monde en ruine est faite subtilement, à travers de petits
détails qui en disent long, on n'est pas non plus dans du Mad Max, modèle habituel de tout post-nuke. La seule folie que se permet Hillcoat sera une scène impressionnante dans
laquelle on voit que la nature est en train de mourir, quand les arbres centenaires tombent les uns après les autres... ça fait peur et ce sera la seule véritable "action" du film dont le propos va
bien au-delà du thème de la survie dans un monde qui touche à sa fin.
La Route s'intéresse à un sujet carrément universel en le transposant dans
un environnement et une situation extrême qui font se transcender les détails de la vie quotidienne. Et en prenant la forme d'un raod-movie post-apocalyptique, il n'y a aucun doute qu'il s'agit
d'un chemin initiatique pour un père et son fils. Le thème c'est la transmission d'un savoir, l'éducation de la génération future, mais plus encore c'est la transmission de l'idée même du bien qui
ici semble avoir quitté la terre que l'on connaît, le mal s'incarnant dans ses hommes ayant renoncé à leur humanité en tombant dans le cannibalisme bestial. On a pu lire ou entendre qu'il y avait
là-dedans une dimension christique... je ne trouve pas. Il n'y a pas vraiment de quête de rédemption, le père s'enfonçant malgré lui dans la barbarie. En fait là où The Proposition nous contait la fin d'une époque, la Route nous conte la fin des hommes, et
la fin n'est pas vraiment un happy-end malgré les apparences...
Intelligemment Hillcoat utilise des séquences de rêves pour insérer de
courts flashbacks qui ne servent pas qu'à apprécier la présence et la performance de Charlize Theron mais aussi à nous donner quelques pistes sur le pourquoi d'un monde tombé en ruines. Ce
sera un de ses rares écarts avec le roman qu'il suit fidèlement, peut-être un peu trop, comme s'il avait été impressionné par l'enjeu, contrairement aux Frères Coen qui se sont appropriés
No Country for Old Men. En résulte un côté un peu impersonnel, c'est sans doute son plus gros défaut. Mais il faut avouer que si on n'a jamais ouvert le roman, l'expérience est totale, chose
impossible quand on s'est imaginé cet univers à travers des mots... mais c'est toujours la même chose avec une adaptation: un film, par essence, nous enlève la part d'imagination de la lecture et
se retrouve forcément moins puissant... ce qui n'empêche pas ce film de l'être quand même beaucoup!
Voir cet enfant découvrir les vestiges d'une civilisation éteinte à travers une
canette de Coca, voir le père braquer une arme sur la tempe de son fils en cas de danger pour qu'il ne se fasse pas dévorer vivant, assister à un massacre cannibale dans un hors champ tétanisant,
voir cet homme porteur de si belles choses devenir ce qu'il déteste le plus... la Route est rempli d'images inoubliables qui nous hantent longtemps après être sorti de la salle, tout comme
la musique sobre de Nick Cave et Warren Ellis (moins que sur Jesse James tout de même) ou la photo désaturée à outrance qui correspond bien à l'idée d'un monde qui meurt
sous les cendres. Mais il y a bien sur, et c'est surtout là-dessus que repose le film, les prestations incroyables d'un immense Viggo Mortensen et du surprenant Kodi Smit-McPhee.
Deux rôles difficiles par les messages qu'ils portent, aussi durs et pessimistes qu'universels. Voilà, pour ma part les promesses sont tenues, la Route est un grand film, un des plus forts
de l'année, mais mon légendaire enthousiasme est bien obligée d'admettre qu'aussi puissant soit-il, aussi triste soit-il, aussi noir soit-il, on est encore loin de la perfection du roman. Mais si on le prend comme entité autonome, quel grand film!!! A revoir au plus vite!
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Publié dans : USA
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