Par Niko06
Jeudi 5 novembre 2009
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2009
19:13
Un film de Derek Yee
C'était le gros évènement de l'année à Hong Kong. Le nouveau film de l'ancien acteur, gloire de la Shaw Brothers, Derek Yee, qui nous avait livré une immense plongée dans
l'univers de la drogue avec Protégé. Un rôle enfin sérieux pour Jackie Chan qui n'en finit plus de se ridiculiser aux USA... car New Police Story c'était il y a déjà 5 ans...
et puis une réputation sulfureuse qui a commencé à précéder le film de longs mois avant sa sortie sur les écrans à HK. En effet le réalisateur et les producteurs (dont Jackie Chan) ont
pris la décision de ne pas couper de leur film plusieurs scènes de violence jugées trop extrêmes, refusant de le passer devant la commission de censure chinoise et donc s'interdisant toute
diffusion en Chine continentale, soit un véritable suicide commercial mais une volonté certaine de ne rien sacrifier de leur intégrité artistique. De quoi attiser encore un peu plus ma curiosité
envers ce polar tendance mafieuse tant attendu. A l'arrivée, on peut se dire "tout ça pour ça?..."
Shinjuku Incident est un bon film, soyons objectifs, mais j'en
attendais tellement plus! Entre le sujet ultra polémique des chinois fuyant leur pays pour travailler illégalement au Japon, un réalisateur franchement doué et un grand Jackie Chan en mode
bad guy et sans kung-fu, il y avait assez de potentiel pour en faire un très grand film. Et à vrai dire ça fonctionne carrément pendant la première partie qui se consacre à l'arrivée de
Steelhead (Jackie) à Shinjuku, la galère des boulots clandestins, le mépris de la part des japonais, la violence, la misère... ce portrait inspiré de la situation réelle dans les
années 90 est superbe. Mais c'est surtout crédible et on voit bien que Jackie tient là une nouvelle occasion de proposer quelque chose de nouveau dans sa palette de jeu. Et il s'en sort
très bien, même si le choc de le voir en homme torturé était plus fort dans New Police Story.
On navigue dans un genre qu'on attendait pas vraiment, le drame social,
et à vrai dire tant mieux. Car même si on n'évite pas certains clichés assez faciles (les japonais ne volent pas) c'est suffisamment réaliste pour devenir passionnant. Par contre la seconde partie,
celle qu'on attendait vraiment, n'est pas à la hauteur... et ce pour une raison très simple, elle manque terriblement d'originalité! On y retrouve des thèmes et des idées vues et revues des
centaines de fois, que ce soit dans les polars US ou dans les films de yakuzas japonais. Objectivement ce n'est pas mauvais mais quand on espère se prendre une claque et qu'on se retrouve devant du
réchauffé, ça plombe un peu l'ambiance.
Ce qui est très fort c'est tout de même de voir à quel point Jackie
Chan redouble d'efforts pour casser son image dans ce film. Déjà le fait de refuser de le remonter pour la diffusion en Chine et de donc dire adieu à de belles sommes c'est une première, mais
dans le film il va jusqu'à renier complètement cette forme de moralité qui le suit depuis ses débuts! Il viole 2 de ses lois fondamentales avec la présence de scènes d'une extrême violence et hyper
sanglantes (proche du gore quand même!) et de scènes de sexe, avec lui en train de se taper une prostituée... vraiment le genre d'image qu'on n'aurait jamais imaginé voir chez lui! Il en fait
peut-être même un peu trop parfois mais il faut saluer cette évolution. par contre elle ne dure qu'un temps... en effet dans le dernier acte il nous fait la morale (les triades et la drogue c'est
mal... blablabla).
Le reste du casting est plus ou moins à la fête. Du côté des chinois et
taïwanais ça va de l'excellent (Jack Kao comme d'habitude, quelle classe!) au surjeu total pour Daniel Wu qui tombe même dans le ridicule avec son look tout pourri... Chin Kar
Lok, Suet Lam, Fan bingbing et surtout Xu Jinglei assurent bien comme il faut. Du côté des japonais par contre on retiendra surtout Masaya Katô, excellent
en yakuza qui va à contre-courant, les autres en faisant souvent des tonnes pour pas grand chose, ce qui les rend plus ridicules qu'autre chose... mais il fallait bien ça pour souligner (au très
gros marqueur) les différences entre chinois et japonais. Cela dit, ça passe là aussi très bien mais ça aurait été bon que Ken Watanabe par exemple ne quitte pas le projet....
Sur le plan de la mise en scène, on se rapproche de ce que Derek
Yee avait fait sur Protégé, c'est à dire que c'est hyper travaillé et très sombre (ça a du être un casse-tête pour le directeur de la photo). Avec des plans qui rappellent les cadrages
urbains de Johnnie To, c'est vraiment classe.
En fait il y avait vraiment tout de réuni pour faire un très très grand film, mais les clichés du genre dans lequel il tombe dans cette seconde partie, sans parler de la leçon de morale de
Jackie qui en quelques minutes m'a bien déçu, l'empêche d'atteindre son statut.
On se consolera avec un film d'une violence magnifique, avec un final hyper sauvage (qui nous rappelle au passage que les réalisateurs asiatiques sont quasiment les seuls à oser aller jusqu'au
bout), et qui porte en lui quelques idées magnifiques. On retiendra aussi la performance de Jackie Chan, malgré donc la dernière partie, car il se livre à fond dans un style qui lui va de
mieux en mieux l'âge aidant.
Pas aussi ultime que prévu mais ça reste quand même largement supérieur à beaucoup de productions du genre.
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Publié dans : Hong Kong
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